Terra 18 décembre 2013 à 08h00 | Par Thierry Michel

Des revenus agricoles en baisse

Les premières prévisions concernant le revenu des agriculteurs viennent d’être communiquées. Tour d’horizon et réactions.

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- © insee

La Commission des comptes de l’agriculture de la Nation s’est réunie le 12 décembre 2013 et a publié les premiers chiffres prévisionnels concernant le revenu agricole. Il en ressort que pour l’année 2013, le résultat courant avant impôts (RCAI) par actif non salarié des moyennes et grandes exploitations se replierait à 29 400 euros en moyenne par actif non salarié, soit une baisse de 15 % par rapport à la moyenne des trois dernières années. Cette baisse fait suite à trois années de hausse selon le communiqué du ministère de l’Agriculture qui précise aussi qu’il "resterait toutefois légèrement supérieur au niveau observé dans la première moitié des années 2000". Maigre consolation au moment où l’on parle loi d’avenir et de l’agriculture comme métier du futur !

Recul


Ces comptes prévisionnels montrent un très net recul, en volume et en prix, pour la branche oléagineux/protéagineux (- 123,7 % et - 20,1 %). Le prix des céréales a nettement baissé (- 20,1 %) alors que ceux des œufs et volailles baissent de 6,3 % alors que les volumes ont progressé de 5,5 %. Les prix du vin, du bétail et du lait/autres produits de l’élevage augmentent de respectivement 4,8 %, de 4,4 % et de 6,9 %.

Globalement, le secteur de la production végétale est en retrait de 0,6 % en volume mais de 7,8 % en prix et de 8,4 % en valeur. Les produits animaux avancent d’un tout petit 0,4 % en volume, de 3,1 % au niveau des prix et de 3,5 % en valeur. Il reste que la valeur ajoutée nette de la consommation de capital fixe s’affiche à 16,2 milliards d’euros, soit un repli de 3,1 % en volume, de 18,8 % en prix et de 21,3 % en valeur.

Sur une moyenne triennale, et en comparant deux périodes (2010-2012 d’un côté, prévisions 2011-2013 de l’autre), on s’aperçoit que le revenu des grandes cultures est en nette baisse (respectivement 55 300 euros et 49 400 euros). Le revenu du secteur éleveurs bovins lait subit une légère érosion alors que celui des éleveurs de bovins viande progresse un tout petit peu. En revanche, celui des éleveurs d’ovins et de caprins continuent de baisser.

Réactions


Pour le ministère, ces premières prévisions 2013 montrent que cette "situation structurelle justifie le rééquilibrage des aides de la PAC au profit des productions les plus fragiles" et que ces "résultats confirment par ailleurs la sensibilité du secteur des grandes cultures à la volatilité des marchés mondiaux". Pour cette dernière des "discussions en cours au sein d’un groupe à haut niveau réunissant la filière céréalière et les pouvoirs publics" ont lieu afin de renforcer sa compétitivité. Une initiative loin de convaincre Orama qui craint énormément, du fait de la redistribution des subsides de la PAC, des distorsions de concurrence avec l’Allemagne. Orama demande donc un rééquilibrage des mesures en faveur des producteurs de grains afin de gommer "l’effet assurément négatif des choix" faits à ce jour par le gouvernement.

Dans les filières animales, le ministère constate que "le prix de l’alimentation animale n’a que partiellement intégré la baisse des cours mondiaux des céréales" (oléagineux et protéagineux). "La hausse des coûts de l’alimentation animale ralentit mais pèse encore sur la rentabilité", note au passage Agreste Primeur, la publication statistique agricole du ministère.

Le gouvernement plaide en faveur du renforcement du rôle de la médiation (loi d’avenir) et pour une clause de renégociation dans les contrats (loi sur la consommation) afin d’améliorer les relations entre les différents acteurs de la chaîne.

Des chiffres contestés

De son côté, la Fédération nationale porcine (FNP) attire l’attention, une nouvelle fois, sur la non représentativité de ces chiffres publiés isolément de la situation filière. Avec 40 500 euros de revenu avant impôt et cotisations sociales, un chiffre sans doute surestimé par rapport aux futurs chiffres définitifs, on rémunère à peine le travail et le cumul des difficultés des années précédentes empêche la reconstitution des trésoreries. Au final, la FNP estime que, bien plus que d’accorder de l’importance à des chiffres sujets à polémique et à révisions, le gouvernement ferait mieux de s’emparer des vrais sujets structurels des filières !

Thierry Michel

Prix dans l'UE


Productions végétales

Les prix ont diminué pour les graines oléagineuses (-15,4 %), les céréales (-13,7 %), la betterave sucrière (-2,9 %) ainsi que pour les plantes et les fleurs (-1,8 %), tandis qu’ils ont augmenté pour les légumes frais (+1,1 %), les fruits (+2,3 %), le vin (+2,8 %), les pommes de terre (+15,2 %) et l’huile d’olive (+20, 5%).


Productions animales

Les prix ont diminué pour les oeufs (-17,2 %) ainsi que pour les ovins et les caprins (-2,7 %), alors qu’ils ont augmenté pour les bovins (+0,8 %), les porcins (+1,7 %), la volaille (+2,7 %) et le lait (+5,8 %).

 



Baisse du revenu dans l'UE aussi


Selon les premières estimations statistiques publiées par Eurostat, l’Insee européen, le revenu réel agricole par actif a également diminué dans l’ensemble de l’Union européenne (UE). Le recul est de - 1,3 % pour l’UE à 28. Les deux facteur majeurs qui contribuent à cette baisse sont d’une part la baisse du revenu agricole réel (- 2,1 %) et la réduction de la main-d’œuvre agricole (- 0,9 %) d’autre part. Il avait légèrement progressé en 2012, de 0,3 %. Sur une période plus longue, Eurostat rappelle que le revenu réel agricole par actif avait progressé de 29,2 % entre 2005 et 2013 alors que dans le même temps, la main d’œuvre diminuait de 20,8 %. Pour 2013, l’office statistique de l’UE enregistre une "plus forte hausse, en termes réels, du coût des intrants (+ 0,8 %) que de la valeur de la production du secteur agricole mesurée au prix à la production (+ 0,1 %)". Comme chaque année, des variations importantes existent entre les différents membres de l’UE à 28. Autour de cette baisse de 1,3 % pour l’ensemble de la zone, Eurostat relève, toujours d’après des premières estimations fournies par les autorités des États membres, une augmentation significative du revenu réel agricole par actif aux Pays-Bas (+ 11,4 %), en Roumanie (+ 10,4 %) et en Espagne (+ 10 %). Dans une moindre mesure, ce même revenu a également correctement progressé dans des pays comme l’Italie (+ 8,9 %), Chypre (+ 7,1 %) ou encore Malte (+ 6,8 %) et même le Royaume-Uni (+ 5,5 %). En revanche, il a reculé de 16,4 % en France et de 10 % en Allemagne. Ces deux pays font partie des cinq États membres dans lesquels il a le plus diminué. C’est en Estonie que le revenu réel agricole par actif s’est le plus détérioré en chutant de 17,2 %, celui de la Croatie cédant 16,2 %. En valeur, la production animale a sensiblement progressé de 1,5 % (hausse des prix de 1,6 % et volume de production stable) alors que la production végétale a baissé de 1,1 % (réduction des prix mais légère hausse des volumes produits). Côté produits animaux, les volumes ont reculé dans les secteurs ovin et caprin, bovin et porcin alors qu’ils ont progressé pour les produits laitiers, la volaille et les oeufs. Côté végétaux, on constate un net recul des volumes concernant l’huile d’olive (- 30 %) alors que les céréales, les graines oléagineuses, les fruits et le vin ont tous progressé de 6 à 7,2 %.

 

 

Intrants

Dans l’UE28, le coût des intrants agricoles (consommation intermédiaire) devrait augmenter de 0,8 % en termes réels, principalement du fait de la hausse de la valeur des aliments pour animaux (+1 %), de l’entretien du matériel (+2 %) ainsi que des stocks de semences et plants (+2,5 %).



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