Terra 27 mars 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Le dialogue social, une chance pour l'entreprise

Même s'il n'est pas si simple à instituer, le dialogue social est une chance pour l'entreprise. Et ce sont les patrons qui le disent !

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Arnaud Marion, directeur général du groupe Doux © Terra Frédéric Huon, délégué syndical central de la Lampaulaise de salaisons © Terra Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT © Terra "La situation des salariés ne doit pas être un sous-produit de la situation économique des entreprises", souligne Laurent Berger. © Dominique Poilvet

"La réussite du dialogue social bénéficie à l'entreprise". Le 18 mars dernier, la branche agroalimentaire de la CFDT Bretagne a organisé sa table ronde annuelle à Châteaulin (29). Mais cette phrase, ce n'est pas Laurent Berger, secrétaire général du syndicat, qui l'a prononcé, mais Arnaud Marion, président du directoire du groupe Doux. Un sacré changement pour l'entreprise volaillère !

 

Un café historique

"Quand j'ai pris mes fonctions au sein du groupe, j'ai commencé par recevoir les organisations syndicales, en leur offrant un café. Ce fut qualifié d'historique". Spécialisé dans la restructuration d'entreprises, il en est à sa trentième à seulement 49 ans, Arnaud Marion considère que "l'humain doit être au cœur de l'entreprise". Et, à Châteaulin, sa fierté est d'avoir "sauvé 3 000 emplois sur 4 000, 2 200 au sein du groupe Doux, 800 sur des sites rachetés par d'autres entreprises".

Arrivé chez Doux "5 jours avant le dépôt de bilan", il multiplie depuis deux ans et demi les réunions avec les syndicats et signe même, dès juin 2013, deux accords d'entreprise, sur la participation et l'intéressement. "On ne gagnait pas encore d'argent. Mais je me projetais dans l'avenir". Un avenir qui lui donne raison, avec un retour à la rentabilité. "En 2015, nos 2 200 salariés devraient percevoir 3 millions d'euros".

Dans la foulée, un accord sur la pénibilité est signé. "Dans l'usine, on cumule 9 critères sur 10 !" Et la formation concerne désormais l'ensemble du personnel. "Le dialogue social a permis de sauver l'un des fleurons de l'agroalimentaire breton".

 

Qualité de vie au travail

Au sein du cabinet comptable Cogedis Fideor, la démarche fut différente. "Mon prédécesseur avait mis en place un accord d'entreprise", relate Philippe Le Roux, directeur général du groupe depuis une douzaine d'années. Mais un développement rapide, notamment par croissance externe et rachat de cabinets privés, oblige l'association à rebattre les cartes. "Nous avions des cultures d'entreprise différentes. Et des difficultés sont apparues".

 

L'entreprise, qui compte 750 salariés répartis sur 80 sites, se lance alors volontairement dans la rédaction d'un accord de qualité de vie au travail. "Il n'est obligatoire qu'à partir de 1 000 salariés". Ici, pas de critères de pénibilité mais la direction est interpellée sur les risques psycho-sociaux, (souffrance au travail, dépression, burn-out...), qui deviennent l'élément central de l'accord. "Nous misons sur la formation, qui représente 6 à 7% de notre masse salariale, pour adapter le personnel à son métier". En cas d'absence de longue durée, le retour est formalisé. Et l'entreprise se veut à l'écoute de ses salariés. "Pour mieux séparer vie professionnelle et vie privée, nous avons aussi instauré un droit à la déconnexion : à partir de 19h, il n'y a plus de connexion possible".

Un rapport de force

Mais qu'on ne s'y trompe pas, "le dialogue social n'est pas un long fleuve tranquille", soulignent de nombreux délégués syndicaux présents dans la salle. "Il faut commencer par se faire respecter", estime Frédéric Huon, délégué syndical central à la Lampaulaise de salaisons, ex-Jean Caby. Ce qui peut passer par des débrayages, voire un mouvement plus dur... "Le rapport de force est important".

"On n'est pas dans le monde des Bisounours", confirme Arnaud Marion. "Pas étonnant, renchérit Laurent Berger. Des intérêts contradictoires doivent se confronter, notamment sur le partage de la valeur ajoutée. Et il faut faire émerger un compromis, en faisant avancer une partie de nos propositions, tout en reconnaissant les contraintes de l'entreprise". Une vision du dialogue social que réfute aussitôt Arnaud Marion. "Pour moi, le compromis est un échec. Je préfère bâtir ensemble, partager une vision d'entreprise".

 

Privilégier l'intérêt général

"Nous sommes convaincus que la performance sociale est un élément de la performance économique, rappelle Laurent Berger. La situation des salariés ne doit pas être un sous-produit de la situation économique des entreprises".

Au sein du paysage syndical français, la CFDT veut cultiver sa différence. "Participer à l'intérêt général ? Certains syndicats estiment que ce n'est pas leur problème ! Nous, nous aurions l'impression de perdre notre âme si on n'en tenait pas compte". Mais pour discuter, il faut être deux ! Et le secrétaire général de la CFDT de dénoncer "la posture d'un patronat souvent dans la plainte". Ou le manque d'écoute. "Le dialogue social, c'est parler aujourd'hui pour préparer l'avenir ! Au sein des entreprises et des filières, il y a des choses qu'on a vu venir et on n'a pas été écoutés".

 

Communiquer

"Mais quand ça marche, il faut en parler, pour qu'on soit copiés, car c'est aussi le succès des salariés, lance Arnaud Marion aux délégués syndicaux. Chez Doux, on a sauvé l'entreprise en augmentant les salaires. Pour 70% des salariés, l'augmentation est de 11 à 12%, 14% si on y rajoute la mutuelle. La compétitivité, on l'a gagnée ni sur le dos des salariés ni sur celui des éleveurs".

 

Du territoire à l'emploi

"Autrefois, la fabrication des identités était liée au territoire, explique Ali Aït Abdelmalek, sociologue à l'université de Rennes II. Aujourd'hui, elle est professionnelle. On est passé d'une identité horizontale, je suis de quelque part, à une identité verticale, je suis ouvrier, je suis cadre. D'une identité démocratique à une identité hiérarchique. Et qui ne laisse pas de place au chômeur !"

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