Terra 05 septembre 2012 à 14h51 | Par Paul Jégat

Avant le Space, la feuille de route de Xavier Beulin

Dans cet entretien accordé à quelques jours de l'inauguration du Space par François Hollande, Xavier Beulin fait le tour des dossiers agricoles. Le patron de la FNSEA n'oublie rien. Un entretien en forme de feuille de route à laquelle il est courtoisement souhaité que le nouveau Président de la République soit le plus fidèle possible..., ou tout au moins autant qu'à à ses propres engagements de candidat à la présidentielle. La suite mardi prochain, sur le Space.

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- A quelques jours du Space, la grande préoccupation des éleveurs de l'Ouest tient à la hausse du prix de l'aliment, conséquence d'un cours élevé des céréales qui, lui, profite... aux céréaliers. Le scénario de 2007 et 2008 se rejoue donc. Existe-t-il selon vous des solutions pour sortir de cette situation ?
Xavier Beulin. "Il y a d'abord à reprendre l'initiative au niveau international et notamment au niveau du G20 agricole qui s'était réuni pour la première fois en 2011. Je pense qu'il est important qu'on mette à nouveau en place des politiques de stockage de céréales, tant dans les pays développés que dans ceux du sud. Il faut aussi mettre en place un dispositif d'encadrement des marchés financiers pour éviter qu'une spéculation financière sur les matières premières agricoles se rajoute aux fondamentaux offre-demande.
Au plan européen et national, il est évident que les agriculteurs ont besoin de disposer à la fois de mécanismes et de moyens financiers pour essayer de limiter les conséquences dramatiques de la volatilité sur les marchés agricoles, à travers la PAC ou des dispositifs nationaux. Je pense par exemple à la fiscalité agricole. Le troisième échelon d'action, c'est de concevoir, au niveau professionnel entre les filières animales et végétales, les moyens qui peuvent amortir cette volatilité. On aura d'ailleurs, cette année, un fonds dédié à l'élevage alimenté par les cotisations professionnelles des producteurs de céréales. Ce fonds devrait permettre d'intervenir sur le prix de l'aliment et sur les coûts d'élevage et, en même temps, donner quelques moyens aux éleveurs pour investir dans la modernisation. Enfin, dernier élément, parce que c'est aussi pour nous le débat du moment, c'est comment faire en sorte que, avec la grande distribution, nous ré-ouvrions des négociations commerciales pour réajuster les prix alimentaires en fonction de l'évolution des cours des matières premières sur les produits animaux. C'est une négociation que nous voulons rapide. Je dois d'ailleurs réunir, le 10 septembre, l'ensemble des signataires de l'accord du 3 mai 2011 permettant ces re-négociations quand on passe un certain niveau de prix sur les matières premières".

- Le dossier Doux constitue l'autre grande actualité agricole dans l'Ouest, dossier dans lequel vous êtes vous-même impliqué à deux titres, celui de la FNSEA que vous présidez pour défendre les intérêts des éleveurs et de la filière avicole, et, plus directement encore, celui de Sofiprotéol dans l'élaboration d'un plan de reprise des activités du groupe Doux. Comment abordez-vous la question de la continuité de l'activité du premier groupe avicole français ?
X. B. "Je l'aborde de manière déterminée et en même temps quelque peu fébrile. Comme vous le savez, la première offre qui a été remise au tribunal a été rejetée. On est maintenant sur une nouvelle proposition du tribunal qui a décidé de mettre en liquidation le pôle frais du groupe Doux et de prolonger l'activité pour le reste du groupe.
Sur la liquidation, on a deux grandes catégories de questions à relever aujourd'hui. La première, c'est d'abord le sort des éleveurs. Beaucoup d'entre eux ont des créances très importantes sur le groupe Doux. Il faut que nous sachions comment ces cas seront traités pour ceux qui vont rester dans le plan de prolongation. Et il y a ceux qui sont dans le frais et qui seront, de fait, amenés à travailler avec un autre opérateur avicole. Cette question conditionne, à la fois, les contrats des éleveurs et leur propre devenir dans la filière.
La deuxième grande question est plus industrielle. Il s'agit de trouver la bonne solution, ou en tous les cas la moins mauvaise, pour assurer une reprise et un développement du pôle frais par les repreneurs. Je ne peux pas vous dire qui fera des offres de reprise, puisque ces offres ne sont pas remises à l'heure qu'il est. Sur le fond, l'objectif reste le même : assurer une continuité de ce pôle frais, maintenir le maximum d'emplois possibles et permis par ce pôle frais qui perd tout de même beaucoup d'argent aujourd'hui. Enfin, assurer la capacité de ce pôle frais à retrouver une vraie rentabilité.
Ce que je peux simplement ajouter, parce que cela a fait beaucoup débat, c'est qu'il faut faire en sorte que, compte tenu du poids relatif de Doux dans la filière avicole française, on ne perde pas de vue la dimension nationale, voire internationale, des enjeux. Derrière cela, se joue notre capacité, en France, à maintenir une vraie filière avicole, avec des opérateurs solides, pour ne pas avoir ou un Brésilien, ou un Néerlandais ou un Allemand qui approvisionne, demain, le marché français, comme on le fait déjà pour 40% des besoins en volaille en France".

- Dans les mois qui viennent, seront précisées dans le détail les modalités de la future PAC, dont on sait déjà qu'elle se traduira par une baisse sensible des enveloppes d'aide à l'élevage. Comment la FNSEA agit-elle pour contrer cette éventualité ?
X. B. "La première grande décision importante consiste à maintenir un budget pour la politique agricole commune... ce qui suppose, bien entendu, de maintenir un budget pour l'Europe entière. C'est ce qui sera déterminant dans les semaines qui viennent.
Ensuite, il faut obtenir de la Commission quelques ajustements de la boîte à outil communautaire pour permettre à des pays comme la France, qui ont calé leurs soutiens par rapport à des situations historiques sur les productions, de pouvoir adapter, ou réadapter, la mise en oeuvre de cette PAC sans avoir de conséquences trop lourdes, notamment pour ceux qui, au passage, perdraient quelques montants d'aides. C'est un sujet sur lequel nous demandons donc des réaménagements. L'autre point, c'est le verdissement, d'une part, et la convergence, d'autre part. Nous lions les deux parce que, si l'on fait le cumul du verdissement tel que proposé aujourd'hui - je parle bien d'impact financier et non de contenu du verdissement - plus un effort de convergence dès la première année, les exploitations de polyculture élevage, et notamment d'élevage laitier, seront très pénalisées, trop pénalisées. L'engagement de la FNSEA, c'est de tout mettre en oeuvre pour que, justement, si nous devions converger sur une certaine période, on puisse le faire à petites doses, sur plusieurs années, notre objectif n'étant pas d'avoir 100% de convergence en 2019, contrairement à ce qu'annonce aujourd'hui la Commission. C'est un ensemble de points sur lesquels nous travaillons pour rendre la copie la plus acceptable possible. 
Puis, il reste le volet "deuxième pilier" sur lequel toutes les régions doivent se mobiliser pour réfléchir, à leur niveau, sur les moyens correspondant à des besoins régionaux. On sait que, dans chaque région, il y a des particularités territoriales ou économiques dans certaines filières, l'idée étant de ne pas avoir le même programme dans les 22 régions de France. Même si je m'empresse de dire qu'il faudra garder un cadre et une coloration nationale à la PAC. On ne va pas refaire 22 petites PAC".

- Le Président de la République sera à Rennes, la semaine prochaine, pour inaugurer le Space et prononcer son premier discours de politique agricole. Attendez-vous un message précis de François Hollande, et avez-vous, de votre côté, un message à lui adresser quatre mois après les élections présidentielles et le changement de majorité qui s'en est suivi ?
X. B. "Si je devais donner quelques indications sur la feuille de route, je le ferais en quatre temps. Premier temps, l'implication de la France au niveau du G20, puisqu'il y a vraiment de grands enjeux, aujourd'hui, qui méritent qu'on poursuive ce qui a été engagé il y a un an sous la présidence française. Deuxième sujet, c'est que le Président de la République renouvelle son engagement de tout faire pour qu'on maintienne le budget de la PAC. François Hollande s'y était engagé pendant la campagne électorale. Il est bien qu'il réaffirme ce volet-là. Le troisième sujet est, peut être, plus difficile parce que la situation est compliquée et qu'il a aussi pris des engagements. Mais je crois qu'on attend du Président de la République qu'il donne des signaux concrets par rapport à la nécessité de retrouver une vraie compétitivité pour l'agriculture française. Sous ce vocable de compétitivité, je mets à la fois des mesures qui concernent le coût du travail en France, pour lequel on est souvent pénalisé par rapport à nos voisins. Je mets la question des normes, environnementales, sanitaires, phytosanitaires. Je mets aussi la question du soutien à l'investissement et, comme il a annoncé la création de la future banque publique d'investissement pour l'industrie, je crois qu'il est important que l'agriculture puisse aussi en bénéficier. Enfin, Il y a une disposition particulière sur laquelle il est attendu - je lui en ai fait la demande quand je l'ai rencontré mardi dernier - c'est que nous puissions aménager les dispositifs fiscaux pour l'agriculture française pour tenir compte justement d'une très grande volatilité sur les marchés et des écarts de revenu d'une année sur l'autre, qui nécessitent d'être gérés en inter-annuel. Je n'oublie pas non plus tout ce qui est lié aux relations végétal-animal.
Le quatrième volet, puisqu'on est quand même au Space et en Bretagne, c'est qu'il ait des propos apaisants sur la relation agriculture-environnement. C'est un sujet très sensible en Bretagne, mais aussi pour l'ensemble des agriculteurs français. A travers la conférence environnementale qui s'ouvrira les 14 et 15 septembre, je demande, notamment, qu'on ne stigmatise pas l'agriculture comme cela a été fait dans le Grenelle de l'environnement, et qu'on donne un droit d'évaluation et d'expertise sur ce que l'agriculture a fait depuis une dizaine d'années, parce qu'elle a fait beaucoup de choses. Enfin, il faudrait accorder des compétences un peu plus importantes aux préfets de région pour apprécier des situations locales. Tout décider de Paris sur l'environnement, ça devient insupportable. Il est important que les préfets, avec les Dreal(1), avec les Draaf et les DDTM, aient la capacité d'appréhender une situation locale. Il y a, bien sûr, des situations où il faut prendre des mesures radicales; il y en a d'autres où en aménageant un peu les choses, cela permettrait de se mettre d'accord sur des programmes d'actions qui resteraient vivables et qui, surtout, ne remettraient pas en cause l'économie de nos exploitations agricoles".

Propos recueillis par Paul Jegat

(1) Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement.

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