Terra 18 décembre 2013 à 08h00 | Par Julien Piro

Encore du flou dans les mesures de compensation de l'arrêt des restitutions

Les aides censées se substituer au mécanisme des restitutions à l’exportation, mises à zéro depuis le 18 juillet dernier par la Commission européenne, se mettent en place. Lentement. Et avec encore beaucoup d’incertitudes pour les 600 éleveurs de poulets "export" spécialisés.

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Le principe de l'aide couplée pour les éleveurs a été actée le 12 décembre dernier. Mais en comparaison aux restitutions, le montant de cette aide ne correspond qu'à quatre mois de production en poulet export.
Le principe de l'aide couplée pour les éleveurs a été actée le 12 décembre dernier. Mais en comparaison aux restitutions, le montant de cette aide ne correspond qu'à quatre mois de production en poulet export. - © P. Le Douarin

Le ministère de l’Agriculture avait annoncé avoir obtenu, le 22 novembre dernier du commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos, "des avancées concrètes qui confirment, disait alors le cabinet du ministre Stéphane le Foll, l’avenir de la filière avicole française". Il s’agit d’une aide couplée pour les éleveurs, d’un fond de stabilisation de leur revenu et d’une aide à la promotion des produits finis des entreprises. Ces dispositifs complètent les aides nationales : "minimis" de 4 millions € en soutien aux couvoirs, organisations de producteurs confrontés à des difficultés de trésorerie ; subventions aux investissements d’adaptation dans les abattoirs de volaille "export" (7,5 millions € de crédits).

Les pouvoirs publics mettent un soin particulier à trouver des solutions de substitution aux restitutions à l’exportation, parce que la filière du poulet "export" équilibre le pôle avicole français. Près de 24 % du poulet produit en France (240 000 t l’an passé) est destiné à être vendu entier et congelé hors d’Europe par deux opérateurs historiques, les Finistériens Doux et Tilly-Sabco. Sans ces volumes, les coûts de fabrication dans les couvoirs ou les usines d’aliments du bétail flamberaient.

Près de quatre semaines après, les réunions entre les services de l’Etat, l’institut technique ITAVI et les représentants de la filière avicole française se succèdent. La dernière d'entre elles s'est tenue au ministère de l’Agriculture, le 12 décembre dernier, avec les régions Bretagne et Pays de la Loire désormais. Le principe de l’aide couplée pour les éleveurs -15 millions € - est acté. Il découle de l’application de l’article 68 de la Politique agricole commune pour soutenir des productions fragiles. "Les éleveurs ne toucheront rien avant l’automne 2014, période de versement des aides PAC", explique André Quénet, président de la section volaille à la FDSEA du Finistère et à la FRSEA de Bretagne.

Les représentants des éleveurs travaillent avec les régions Bretagne et Pays de la Loire pour obtenir une avance remboursable qui transiterait par les industriels pour plus de transparence. Les liens contractuels entre partenaires de la filière devront être remis à plat pour que l’aide irrigue tous les maillons, alors qu’elle est réservée aux seuls éleveurs. Autre difficulté, et pas des moindres : l’enveloppe devrait être rapidement consommée. "Si l’on ramène ce soutien aux restitutions (250 €/t par exemple), les 15 millions correspondent à 60 000 t de poulet "export", soit quatre mois de production environ", poursuit André Quénet.

Quant à l’autre aide "éleveur" activée par Bruxelles - laissons de côté l’aide à la la promotion des poulets congelés destinée aux industriels -, tout le monde est dans le flou. Il s’agit du fond de stabilisation des revenus des aviculteurs sur crédits FEADER et de cofinancements privés, en cas de forte volatilité des prix. En fait, "ce mécanisme ressemble à un fusil à un coup, poursuit André Quénet, puisqu’il ne pourrait être activé que si les prix sont de 30 % inférieurs aux trois années précédentes, ou aux cinq dernières années moins la meilleure et la plus mauvaise”. Il faudra donc compter, recompter... et attendre d'en savoir plus.

Julien Piro

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