Terra 17 avril 2015 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Financements extérieurs pour l'installation : la panacée ?

En quelques années, plus grandes, les exploitations sont devenues aussi plus chères à acquérir pour qui s'installe. Le maintien de la production bretonne dépendra t-elle de financements extérieurs, crainte ou opportunité ? Ces questions ont fait le débat, vendredi dernier à Ploërmel, lors de l'assemblée générale des JA Bretagne.

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Pour la table ronde, Philippe Dare, président de Savéol, Christian Peron du CMB de Bretagne, Jean Dubé de Terra, Paul Rouaud du Crédit Agricole, Christophe Lenaerts de JA national et Thierry Coutteler, nouveau directeur de la Safer Bretagne.
Pour la table ronde, Philippe Dare, président de Savéol, Christian Peron du CMB de Bretagne, Jean Dubé de Terra, Paul Rouaud du Crédit Agricole, Christophe Lenaerts de JA national et Thierry Coutteler, nouveau directeur de la Safer Bretagne. - © claire le clève

 

 

"Le coût moyen d'une installation en société est de 595 000 euros", campe Cécile de Saint Jan de JA Bretagne. "Comment faciliter dans les 10 ans à venir, l'accès et la reprise des outils avec des jeunes formés pour que ces exploitations soient viables et vivables", enchaîne t-elle.

C'est toute la question et l'enjeu est de taille. "Crucial ! Si le monde agricole ne s'y prépare pas , il se fera devancer", estime pour sa part Christophe Lenaerts, membre du bureau JA national venu témoigné de son expérience."A nous de nous préparer au système que l'on souhaite. Sur nos moyens de production ,soyons bons, armés. Avec des taux de réussite à 97 % dans les 10 ans qui suivent l'installation, on dispose d'atouts", affirme t-il, serein.

 

Classiques ou novatrices, des solutions à penser

Chez Savéol, avec ses 130 producteurs, 20 jeunes se sont installés depuis 7 ans. Avec des coûts de reprise qui avoisinent le millions d'euro par ha de serre, l'investissement est plus que conséquent. "Les banquiers continuent à financer les projets mais la coopérative a renforcé sa caution technique par un suivi plus important, et elle apporte la garantie de commercialisation des produits", souligne son président, Philippe Dare. Et le système rassure car dans l'affaire c'est la gestion du risque qui refroidit les ardeurs à l'investissement. De son coté, la Safer a aussi des moyens d'agir en vendant des terres à investisseurs fonciers (parfois en GFA) qui les louent par bail rural à un jeune qui s'installe et n'a pu acquérir tout le foncier nécessaire. Leur profil ? "Ce sont des retraités qui veulent un rendement sûr à 3 % et un bail rural exonéré. Une formule gagnant-gagnant pour le jeune agriculteur qui vient nous trouver pour l'aider à dénicher les quelques ha qui lui manquent", détaille Thierry Coutteler, directeur de la Safer Bretagne. Une solution où le jeune garde sa liberté culturale. Pour l'investisseur, c'est un bail rural qu'il va exploiter bénéficiant de l’exonération fiscale. De quoi attirer et rassurer des apporteurs de fonds extérieurs pour qui le foncier français, "est le moins cher d'Europe, le plus sûr". Il peut donc séduire. Mais là encore, prudence face à la création "d'un marché du foncier qui changerait de main avec une protection de l'agriculteur et de sa production", esquisse un banquier. "Attention, ce marché existe et il est encadré par la Safer* avec des prix accessibles par des agriculteurs, s'il devient libéralisé, le risque de surenchérissement existe et les JA ne pourront plus y avoir accès", met en garde le directeur de la Safer.

 

 

Portage de capital

Les banques explorent elles aussi de nouvelles solutions via des filiales comme celle du CMB avec Arkéa ou encore via le portage de capital auquel s'intéresse le Crédit Agricole du Finistère au travers "des sociétés qui vont porter du capital contribuant à vitaliser le territoire et l'agriculture en fait partie", constate Paul Rouaud, chargé des marchés agricoles au Crédit Agricole d'Ille et Vilaine. La filière ovine s'est elle aussi intéressée à ce système pour favoriser le renouvellement des générations, mais pas sans maîtrise. Elle a créé Labelliance en partenariat pour permettre à des jeunes de s'installer. "La société apporte du capital porteur de projet et sort à 10 ans pour que le jeune reste chez lui. Nous, JA avons intégré cet organisme, mis des barrières pour dire qui commande, qui a droit de regard", rapporte Christophe Leanerts. Le risque de dépossession du pouvoir de décision existe bel et bien attisé par des revirements de fortune qui attirent les investisseurs vers l'agriculture. "Avant de faire rentrer des gens de l'extérieur, trouvons les gens à l'intérieur", insiste Philippe Dare de Savéol. L'idée du mur bancaire s'esquisse chez les JA. "C'est un chantier à construire pour que le jeune qui s'installe ait un panel de possibilités : la banque, un apporteur privé, une collectivité locale, la coop pour le soutenir, des briques qui s’emboîtent pour installer dans les meilleurs conditions", poursuit Christophe Leanerts. Et tous s'accordent à dire que "c'est le revenu qui fera qu'il y aura ou non la relève". Alors menace ou opportunité des financements extérieurs pour assurer cette relève ? "Difficile de trancher", reste que pour Thierry Coué, président de la FRSEA, "il est importance de maintenir la liberté d'entreprendre. Sans ce garde-fou, nous pouvons craindre pour l'avenir du modèle agricole familial que nous défendons".

 

Claire Le Clève

 

 

 

*En 2013, 4 000 ha de terres on été revendus en Bretagne. Sur les 1775 ha à destination de l'installation, 42 % des surfaces ont été vendues par la Safer.

 

 

 

 

Christophe Leanerts, membre du bureau FA national :  "il faut que nous soyons acteurs parce que sinon, ce mode de financement se fera sans nous"
Christophe Leanerts, membre du bureau FA national : "il faut que nous soyons acteurs parce que sinon, ce mode de financement se fera sans nous" - © claire le clève
Jean-Paul Riault, président de JA Bretagne
Jean-Paul Riault, président de JA Bretagne - © claire le clève

En chiffres

Le nombre d'exploitation bretonnes a chuté de 80 % en quarante ans passant de 151 000 en 1970 à 34 500 en 2010. En 10 ans, entre les deux derniers recensements agricoles, le nombre de chefs d'exploitation a diminué de 18 % quand parallèlement le nombre de fermes chutait de 26 %. Ce sont les petites et moyennes exploitations qui ont plus fortement diminué quand les plus grandes se maintenaient. En 10 ans, la SAU moyenne par exploitation a progressé de 40 %. L'installation est de plus en plus sociétaire. Ainsi, 77 % de ceux qui se sont installés en 2010 ont choisi ce statut sur superficie moyenne de 96ha (contre 72 ha en 2001) et un coût moyen de 595 000 euros (430 000 en 2001). Le coût d'installation en individuel est passé à 272 000 (188 000 en 2001) sur une même surface qu'en 2001 : 35 ha. Le vieillissement des chefs d'exploitations s'est accentué, 40 % d'entre eux partiront à la retraite dans les 10 prochaines années.

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