Terra 09 octobre 2014 à 08h00 | Par Jean Dubé

Les éleveurs de porcs passent à l'action

Les producteurs de porcs en colère sont passés à l'action dans trois enseignes de la grande distribution à Saint-Brieuc. "Aidez-nous en consommant français", un message adressé aux salaisonniers et aux politiques.

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Le 2 octobre, à l'appel de la FRSEA-JA Grand Ouest,
une cinquantaine de producteurs de porcs a vérifié l’origine
des viandes dans trois hypermarchés de l’agglomération briochine. Opération rondement menée sans heurts auprès des enseignes Leclerc, Carrefour et Intermarché. Munis de caddies et de stickers, les manifestants ont retiré les emballages sans mention d’origine "le porc français".
Le 2 octobre, à l'appel de la FRSEA-JA Grand Ouest, une cinquantaine de producteurs de porcs a vérifié l’origine des viandes dans trois hypermarchés de l’agglomération briochine. Opération rondement menée sans heurts auprès des enseignes Leclerc, Carrefour et Intermarché. Munis de caddies et de stickers, les manifestants ont retiré les emballages sans mention d’origine "le porc français". - © Terra

Jeudi 2 octobre, 51 000 porcs pré- sentés au marché du porc breton (MPB) ont finalement été vendus à un prix moyen de 1,210 €/kg, en baisse de 0,29 €. Ce jour-là, répon- dant à l'appel des FRSEA et JA du grand Ouest,150 producteurs se sont rassemblés dans la salle des cotations du MPB à Plérin et ont constaté, impuissants, l'égrénage des centimes à la baisse. Une baisse qui s'est d'ailleurs prolongée à la séance de cotation suivante, lundi dernier, fixant cette fois le prix du porc à 1,194 €, sous la barre symbolique des 1,20 €. Depuis juillet, le prix du porc ne cesse de chuter face à une viande étrangère, allemande ou hollandaise, particulièrement compétitive .

A la suite de leur visite du MPB, les éleveurs se sont rendus à l'hypermarché Leclerc, avant de visiter ses concurrents Carrefour et Intermarché. A chaque fois, le même scénario s'est répété. Jambon blanc, lardons, saucissons... les produits de salaisonnerie sans étiquetage d'origine ont été retirés des rayons et jetés dans des caddies, laissant de grands espaces vides dans les rayonnages.



Un été en berne

Peu de temps après les légumiers qui avaient manifesté leur colère à Morlaix, St Brieuc et St Malo, les producteurs de porcs sont donc à leur tour passés à l'action. Engluée dans la crise russe, la filière porcine en Europe traîne depuis des mois un embargo décrété par Moscou fin janvier 2014, légitimé par la découverte de quelques cas de peste porcine africaine chez des sangliers en Lituanie et en Pologne. Quant aux déclarations de Poutine début août, elles ont détruit les espoirs de reprises des exportations à l'automne. Pas moins de 744 000 tonnes de viande de porc ont été exportées vers la Russie en 2013, soit 4 % de la production européenne. Fin août 2013, le prix du porc caracolait à 1,729 €/ kg. Un an plus tard, il est à 1,40 €/ kg. Une chute de 19 %. En prix spot, les éleveurs européens perdent en moyenne 20 € par porc, détaille la note du marché du porc breton. Habituellement, l'été est une période où le prix monte avant la baisse hivernale. "Cet été, nous n'avons pas pu faire de réserves avant l'hiver", confie un producteur venu de Mayenne. "Depuis un mois, je ressens la crise. Dans 6 mois, ce sera catastrophique".

Mais l'embargo décrété par Poutine n'explique pas tout. Au fil des mois, des marchés tiers (Japon, Corée du sud, Philippines) sont venus atténuer l'effet de la perte du marché russe. Si bien que, au final, les estimations de pertes ne sont que de 310 000 tonnes, soit l'équivalent de 1,4 % de la production européenne.

Les déboires des producteurs bretons découlent en fait d'un contexte européen très tendu, avec une Europe du nord qui pro- duit beaucoup de porcs, tandis que notre voisin allemand panique et dicte le prix à la baisse sur toutes les places européennes. "Le jambon est vendu moins cher en Italie que des pieds de cochons en Chine", rapporte Daniel Picart, président du marché du porc breton.

Le soutien des politiques

La colère des professionnels de la filière porcine présents à Plérin bute sur le manque de soutien des politiques. "Nous ne sommes pas écoutés à Paris", regrette Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements, qui déplore la trop grande discrétion du ministre de l’Agriculture. Dans une Europe engorgée, ils demandent aux politiques de rendre obligatoire l'étiquetage d'origine national des viandes fraîches et des produits transformés et d'agir auprès de la restauration hors domicile, grosse consommatrice de viandes importées.

Quant aux actions dans trois hyper-marchés de Saint-Brieuc, elles ont aussi pour but de lancer un message aux salaisonniers, basés loin de la Bretagne. "Nous visons les enseignes de la grande distribution, car ce sont elles, les donneurs d’ordre des salaisonneries", explique François Valy, responsable de la section porcine de la FRSEA. "Depuis deux ans, l'étiquetage d'origine ne va pas assez vite".

La filière veut également une admi- nistration plus efficace. A l’heure où le porc français cherche de nou- veaux débouchés à l’export, l’affaire des 515 containers de viande de porc français bloqués depuis le mois de mai à la frontière chinoise pour cause d’omissions administratives fait tâche.

Depuis le début de l’année, l'abattage d'Uniporc Ouest est en baisse de 1,3%. Moins 6% depuis 2010. Combien de producteurs en moins cela représente ? Quant à l’aval, c’est un abattoir fermé en 2013, Gad à Lampaul-Guimiliau. Il faudrait pourtant agir vite.

 

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