Terra 22 novembre 2012 à 15h05 | Par P.Denis

La viande vendue à perte en GMS ?

L’Observatoire des prix et des marges a rendu son rapport le 13 novembre. La boucherie et les fruits et légumes sont des rayons qui rapportent peu tandis que la charcuterie et la volaille se portent bien.

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- © Stéphane Leitenberger

Dans un contexte tendu par l’envolée des prix des matières premières, le monde agricole attendait avec impatience de connaître les marges des distributeurs. Pour la première fois, sept grandes enseignes (Intermarché, Casino, Leclerc, Auchan, Carrefour, Système U, Cora) ont divulgué leur marge nette à l’Observatoire des prix et des marges. Celles-ci varient entre -1,9 % et 5,9 %. " Les distributeurs ont largement ouvert leur compte. Il était important d’avoir de la transparence sur les chiffres", indique l’économiste Philippe Chalmin, président de l’Observatoire qui a présenté son deuxième rapport le 13 novembre. Le grand perdant de ce calcul est le rayon boucherie avec une marge négative de -1,9 % car "il y a beaucoup de salariés pour préparer la viande avant qu’elle soit en rayon", explique Philippe Chalmin devant les ministres de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire. Pour la viande bovine, par exemple, le coût de production agricole augmente sous l’effet de l’augmentation des prix des matières premières de l’alimentation animale. Le prix des animaux à la production est également en hausse sous l’effet de la demande mondiale. Selon l’Observatoire, l’industrie a amorti les hausses des matières premières et une réduction de la marge brute est opérée en Grande et moyenne surface (GMS). Cette compression des marges brutes engendre une réduction des bénéfices.
La réaction de la Fédération nationale bovine (FNB) ne s’est pas faite attendre. "La revente à perte étant interdite, comment les GMS parviennent-elles à un résultat négatif ?", s’interroge-t-elle. Pour la FNB, il serait plus urgent de réviser une politique comme les promotions à prix cassés de prix qui désorientent les consommateurs.  Au rayon fruits et légumes, la marge nette  n’est pas très élevée non plus : 0,6 %. Les chambres d’agriculture (APCA) s’inquiètent de ces résultats. Pour les marges des fruits et légumes et viandes, "la concurrence exacerbée entre enseignes conduit à une destruction de valeur sur toute la chaîne de production". Les chambres souhaitent que soit mesuré l’impact des pertes en magasin, des promotions et du positionnement des produits importés, notamment pour les fruits et légumes. A l’inverse, les rayons volaille et charcuterie s’en sortent bien avec respectivement 5,9 % et 5,1% de marge nette grâce à des produits préparés à l’avance et pour majorité en libre-
service. Le rayon laitier comptabilise quant à lui une marge de 1,9 %.



7,6 euros consacrés à l’agriculture

 

Pour la première fois, l’Observatoire des prix et des marges a regardé combien le consommateur consacrait à l’agriculture quand ils dépensaient 100 € pour son alimentation. Le résultat est sans appel : seulement 7,6 € pour l’agriculture, 11,3 € pour les industries agroalimentaire, bien loin du commerce qui a une part de valeur ajoutée de 21,8 €. Raison évoquée par Philippe Chalmin : "nous achetons des produits de plus en plus élaborés". De plus, "ce chiffre reflète le changement de système de la PAC dans lequel on est passé d’un soutien au prix à un soutien par des aides", ajoute-t-il. 
La publication de marge nette et non de marge brute comme en 2011 est censée réduire les tensions entre le monde agricole et la grande distribution accusée de "s’en mettre plein les poches". En effet, le premier rapport de l’Observatoire de 2011, calculé sur des marges brutes, avait montré d’importantes différences de prix et soulevé des contestations. Néanmoins, les chiffres de ce deuxième rapport sont à prendre avec précaution selon FranceAgriMer qui a travaillé sur les 400 pages de données. En effet, celles-ci portent sur des rayons et non des produits. Des disparités existent au niveau de la gestion des rayons et au niveau des magasins qui peuvent être des enseignes indépendantes ou non. Pour continuer dans cet effort de transparence entre les filières, Guillaume Garot, ministre de l’Agroalimentaire et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture ont confirmé la table ronde du 21 novembre qui réunira producteurs, transformateurs et distributeurs.

Actuagri

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