Terra 04 février 2015 à 08h00 | Par Thierry Michel

L'agro-écologie parée à décoller

Lancée au moment du Sia 2014 et bénéficiant désormais d'une loi pour l'encadrer, l'agro-écologie devrait prendre son essor en 2015.

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En début d'année 2014, et après quelques tentatives en 2013, le ministère de l'Agri- culture lançait offi ciellement l'idée d'agro- écologie. L'an passé a servi à construire le projet et surtout à rédiger une loi, dite d'avenir, tout juste promulguée en ce début d'année 2015. Où en est-on ? C'est ce que Stéphane Le Foll, le ministre qui a eu cette initiative, s'est astreint de répondre le vendredi 30 janvier lors d'un après-midi entièrement consacré au sujet. Il a d'abord rappelé que le "cap" était d'avoir "la majorité des exploitations engagées dans l'agro-écologie d'ici 2025" avant de poursuivre sur les premières initiatives de 2013 puis "la construction d'un projet glo- bal avec 16 chantiers et plus de 80 actions en 2014". D'où cette notion d'An 1 en 2015, avec sept plans contributeurs à cette démarche qui se veut non fi gée et évolutive : Écophyto, Éco-antibio, semences et agri- culture durable, développement durable de l'apiculture, énergie/méthanisation/auto- nomie/azote, ambition bio 2017 et protéines végétales.

Déjà fait

Même si tout débute vraiment aujourd'hui, un certain nombre de réalisations ont déjà eu lieu dans sept domaines. Au pre- mier rang, des actions ont été menées au niveau des programmes de l'enseignement agricole (rénovation du BTS-ACSE et BTS- DARC par exemple) avec des démonstra- tions, expérimentations et de la pédagogie dans 190 exploitations des lycées agricoles publics. Ensuite, au niveau des exploitants, l'utilisation du Casdar a été réorienté. Des appels à projets pour la mobilisation col- lective et volontaire dans les territoires ont été lancés et, côté soutien financier, un guide des aides mobilisables Feader/ agro-écologie et un guide des aides pour les GIEE ont été conçus. Dans le même domaine, on a mis en place une aide cou- plée protéines végétales et une augmenta- tion des aides pour l'agriculture biologique. L'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation ont été mobilisés : implication des établissements, de l'Inra, de l'Irstea et du Cirad. Un suivi du projet agro-écolo- gique a été mis en place (comité national et rapport annuel) alors qu'une certaine promotion à l'international a aussi débuté : symposium à la FAO en septembre 2014 et projets de coopération.

Des choses à faire

La demi-journée a été aussi l'occasion de mettre sur la table ce qui était encore dans les cartons et à réaliser, notamment au cours des douze mois à venir. Côté ensei- gnement agricole, la rentrée 2015 verra la rénovation du CAPA et la rentrée 2016 la rénovation du Bac professionnel "conduite et gestion exploitation" et du Brevet profes- sionnel "responsable entreprise agricole". Un outil de diagnostic de l'engagement dans la démarche sera opérationnel au second semestre alors que le premier trimestre devrait voir la naissance des premiers GIEE et la mise en place de soutien à l'anima- tion de la mise en place de ces structures. Les aides fi nancières à travers le Feader 2015 seront également mises en place (plan de compétitivité et d'adaptation, majora- tion de l'aide à l'installation). La principale contribution de l'enseignement supérieur viendra de la mise en place de groupes opérationnels dans le cadre du partenariat européen pour l'innovation afi n d'amplifi er le lien entre chercheurs et agriculteurs. Les premiers indicateurs de réalisations et de résultats verront aussi le jour cette année et le travail à l'international se poursui- vra, notamment avec la FAO, alors que des échanges auront lieu avec les partenaires européens dans le cadre de la future PAC.

Les systèmes agro-écologiques privilégient l'autonomie des exploitations agricoles et l'amélioration de leur compétitivité.
Les systèmes agro-écologiques privilégient l'autonomie des exploitations agricoles et l'amélioration de leur compétitivité. - © V. Marmuse / CAIA

Définition

L'agro-écologie, au sens législatif, est défi nie dans la loi d'avenir du 13 oc- tobre 2014 à l'article L. 1. - II. du code rural et de la pêche maritime. Les systèmes de production agro-écolo- giques, dont le mode de production biologique, combinent performance économique, sociale (notamment à travers un haut niveau de protection sociale), environnementale et sani- taire. Ces systèmes privilégient l'au- tonomie des exploitations agricoles et l'amélioration de leur compétitivité, en maintenant ou en augmentant la rentabilité économique, en amélio- rant la valeur ajoutée des productions et en réduisant les consommations d'intrants et de ressources natu- relles. Ils sont fondés sur les inte- ractions biologiques et l'utilisation des services écosystémiques et des potentiels offerts par les ressources naturelles, en maintenant leur capa- cité de renouvellement du point de vue qualitatif et quantitatif. Ils contri- buent à l'atténuation et à l'adaptation aux effets du changement climatique.

 

Les objectifs d'Ecophyto 2

"Dans le cadre du plan Ecophyto 2, nous visons comme objectif la réduction de 50% de l'utilisation des pesticides à l'horizon 2025", a déclaré Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, en ouverture de "L'an I de l'agroécologie", à Paris, le 30 janvier. Le ministre insiste : "la réduction des usages entraîne la réduction des risques d'impact". Par ailleurs, il a soutenu le dispositif expérimental des Certifi cats d'économie des produits phytosanitaires. L'objectif est de réduire de 20% les Nodu (nombre de doses utilisées) sur cinq ans par les distributeurs. "Si l'objectif n'est pas atteint, il y aura des pénalités fi nancières ", poursuit-il. La pénalité se chiffrerait à 11 euros par Nodu. Par ailleurs, "on ne peut pas dire aux agriculteurs qu'on leur supprime tels ou tels produits sans construire, avec eux, les alter- natives", a insisté Stéphane Le Foll. Le ministre entend développer les solutions de biocontrôle et de l'agroéquipement dans le cadre du plan Ecophyto 2 et poursuivre le projet agroécologique pour un modèle agricole qui concilie économie et écologie. Sur l'échec du plan Ecophyto 1, "on ne s'était pas demandé si les modèles agri- coles en place pourraient supporter une baisse de 50% des pesti- cides". Il poursuit : "les fermes Ecophyto, elles, sont bien parvenues à réduire l'utilisation des phytos".

L'agrochimie déçue du seul objectif de réduction des pesticides

"Le seul objectif de réduction quantitatif de l'utilisation des produits phytosanitaires fait abstraction des besoins des agriculteurs", a regretté Eugénia Pommaret, directrice générale de l'Union des industries de la protection des plantes, à la sortie du Comité natio- nal d'orientation et de suivi du plan Ecophyto qui se tenait dans la matinée au ministère de l'Agriculture, le 30 janvier. Le plan Ecophyto 2 annoncé par Stéphane Le Foll, ministre de l'Agricul- ture, fi xe pour objectif une réduction de l'utilisation des pesticides de 50 % à l'horizon 2025. L'UIPP préconise en priorité de réduire les risques d'impact, "comme cela se fait dans les autres Etats de l'Union européenne". V. Marmuse

Les semenciers se félicitent de la place des semences dans Ecophyto 2

Dans un communiqué diffusé le 30 janvier, l’Union française des semences (UFS) adopte une position positive vis-à-vis du plan Ecophyto 2 et se félicite d’être associée à son comité national d’orientation. Selon l’UFS "ce plan met en avant la place centrale de la semence, de l’innovation et de la création variétale pour produire plus et mieux". Elle souligne toutefois deux verrous : il faut donner, selon elle, de la lisibilité à la recherche, notamment en assurant une juste rémunération des efforts de création variétale ; il faut encourager toutes les innovations, sans restriction, et notamment les solutions de protection des semences permettant de répondre aux objectifs d’Ecophyto.

La Coordination rurale fustige le plan Ecophyto 2

"Ecophyto : un deuxième volet encore plus mauvais", a jugé la Coordination rurale, le 30 janvier en réaction à la présentation du plan Ecophyto 2. Le syndicat agricole mino- ritaire montre du doigt les futures pénalités fi nancières auxquelles seront exposés les distributeurs de pesticides à travers le dispositif des Certifi cats d'économie de produits phytosanitaires. "Si la sanction passe désormais sur les distributeurs, il est évident que ceux-ci vont, comme à l’accoutumée, la répercuter sur les agriculteurs", poursuit la CR.

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