Terra 05 janvier 2015 à 08h00 | Par Claire Le Clève

L'autonomie alimentaire se travaille et chemine

Alors que Stéphane Le Foll lance un plan protéines, le GVA de la Terre aux îles travaille depuis 3 ans sur l'autonomie alimentaire. A Hennebont, un groupe de producteurs s'est de nouveau réuni à la veille de Noël sur la question. Quels leviers et freins pour améliorer cette indépendance ?

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Margot Toullec a pointé que "les éleveurs recherchent de la sécurité alimentaire avant tout. Changer, se remettre en cause, c'est difficile. Les témoignages sur des expériences réussies permettent de faire cheminer".
Margot Toullec a pointé que "les éleveurs recherchent de la sécurité alimentaire avant tout. Changer, se remettre en cause, c'est difficile. Les témoignages sur des expériences réussies permettent de faire cheminer". - © Claire le Clève

 

 

"Comment s'auto-suffire ou être le plus autonome possible en protéines sur l'exploitation ?". Cette question centrale en élevage, que résume Anthony Kervorgant, président du GVA, n'est pas neuve sur ce territoire qui accueille le port de Lorient.

Là, débarque, par milliers de tonnes, le soja, principal pourvoyeur en protéines de la ration du bétail breton. Si pratique mais si cher correcteur azoté. Car quand la France consomme 3,5 millions de tonnes de protéines végétales pour ses troupeaux, elle n'en produit que 2 millions, le reste est importé. Pour autant, ils sont une quinzaine depuis 3 ans à plancher sur la question, l'esprit en veille, multipliant sur leurs parcelles, avec l'AEI en tête, des tests de couverts végétaux, des essais soja, des plates-formes Cipan, des visites bout de champ. Au centre de leur préoccupation, le pâturage mais aussi la conduite et la valorisation de la luzerne, allant jusqu'à porter devant l'Union européenne un projet sur la récupération de la chaleur dite fatale, celle qui file au ciel par les cheminées des grands fours d'industries lorientaises, pour sécher, en bouchons, la luzerne qui sait ici pousser. "Nous avons été recalés mais nous sommes dans le vrai, on était peut-être trop en avance", estime l'éleveur de Pont-Scorff, prêt à remettre le travail sur l'ouvrage. Bref, ils essaient, se forment et s'informent, poussant la curiosité jusqu'au bord des quais lorientais pour savoir d'où vient ce soja qui pèse dans le coût alimentaire de leur troupeau laitier. "On a voulu aussi mener une enquête pour savoir où en sont les éleveurs du GVA en terme de production de fourrages et d’achat extérieurs". Dont acte.

 

Des freins aussi psychologiques

 

Avec près de 40 % des éleveurs de la région en lait, cette production domine et Margot Toullec a mené son enquête sur les pratiques des producteurs laitiers du territoire. Cette élève de deuxième année de BTS, en production animale, a montré que les 2/3 des éleveurs de son échantillon sont dans un système sécurisé par le maïs, avec un coût alimentaire de 120 euros des 1000 l : "Ils sont convaincus par l'efficacité de leur système". Pour les autres, situés entre 82 et 99 euros de coût alimentaire, si la démarche vise plus d'autonomie, la moitié d'entre eux "ne sont pas être prêts à prendre des risques pour être plus autonome". "Il y a de nombreuses pistes de travail pour le GVA, à la fois techniques sur le pâturage avec le travail sur les variétés ou sur l’affouragement en vert mais aussi en apportant plus d'informations sur les protéagineux" a-t-elle pu observer au cours de son enquête, pointant un frein important. "Il est plus psychologique, beaucoup d'agriculteurs ont peur du changement, de ce que vont dire leurs voisins... Organiser des visites, apporter des témoignages ça permet de faire cheminer", estime-t-elle. Les marges de manœuvre existent donc et les travaux que mène la recherche appliqué avancent, montrant "que la féverole d'hiver présente le potentiel le plus intéressant en Bretagne", a démontré Alain Cottais de la Crab. De là à penser qu'on a tous besoin de petits pois chez soi... Affaire à suivre...

Claire le Clève

 

 

 

Accroche "la France consomme 3,5 millions de tonnes de protéines et n'en produit que 2, le reste est importé"

Gérard Talvas
Gérard Talvas - © Claire le Clève

Des essais

Gérard Talvas, producteur laitier à Caudan accompagne la dynamique d'essais qui se mettent en place avec la recherche appliquée. Deux variés de lupin sont testées chez lui. "J'avais tenté il y a 15 ans, ce n'était pas probant en matière de rendement. L'idée, c'est de l'utiliser en remplacement du correcteur dans une ration semi complète et de voir si c'est rentable ou pas. Il suffit juste de l'aplatir".

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