Terra 16 février 2012 à 12h32 | Par Terra-terragricoles de Bretagne

Jean-Paul Bigard, président du groupe Bigard - "Avec la grande distribution, il faut pouvoir aller jusqu’à la rupture"

Jean-Paul Bigard, président du directoire du groupe Bigard détenant 40% des parts de marché françaises en viande bovine, est longuement intervenu le 10 février, lors de l'AG de la section bovine de Triskalia, à Pontivy. Rompant avec son habituelle discrétion, il a abordé, devant un auditoire pendu à ses lèvres, les rapports de force avec la grande distribution, les réajustements qui s'annoncent dans les abattoirs, l'évolution des cours, l'export en vif ou les difficultés d'approvisionnement pour les industriels. Extraits.

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Jean-Paul Bigard à l'AG de la section bovine Triskalia
Jean-Paul Bigard à l'AG de la section bovine Triskalia - © Audrey Dibet

Le cours de la viande

"Je ne peux que me féliciter de la hausse des cours. Jamais je n'ai prétendu que la viande bovine était trop chère. Il est évident que les agriculteurs rencontrent des problèmes mais comme les industriels de la viande en rencontrent aussi. C’est dans l’échelle de valeur du consommateur qu’il y a un problème. La viande bovine n’est pas si chère aujourd’hui en France. J’estime qu’on doit être capable de la payer plus cher.

Mais soyons attentifs à la consommation, en baisse de -2,2% en 2011 en France. Il faudra trouver des réserves à l'extérieur, dans un marché ouvert concurrentiel, pour valoriser le cheptel qui reste important en France".

 

Les relations avec la grande distribution

"On est en permanence confronté à un problème de prix qu'il n'est pas facile de défendre. Quand il faut aller au charbon, je n'hésite pas à cesser de livrer un client qui ne veut pas payer, comme j'ai suspendu la livraison de steaks hachés Charal extra moelleux chez Leclerc pendant trois ans. La rupture est parfois le dernier argument pour faire monter les tarifs. Malheureusement, nous avons dû recommencer il y a trois mois chez Leclerc et une autre enseigne, car nous sommes engagés dans une période de revalorisation de nos produits élaborés. Si l'on commence à brader, on se lance dans une spirale déflationniste avec des fermetures d'usine. Il n'y a pas d'autre solution que de revendre plus cher ce qu'on a acheté même avec des coûts de production les plus bas et une très bonne productivité.

Certes le groupe Bigard existe grâce au marché restructuré de la grande distribution mais il est devenu impossible d’imaginer des choses simples avec le distributeur. Nous avons en face de nous des interlocuteurs sans aucun professionnalisme dont le travail n’est que de faire baisser le prix et dont la rémunération en dépend.

Mais la rupture, il faut pouvoir y aller. Vous jouez quand vous pesez sur le marché, d'où l'intérêt du rapprochement de Bigard, Charal et Socopa. Le groupe Bigard tient aujourd’hui 40% de parts de marché (3% de parts ont dû être cédés suite à la reprise de Socopa selon la décision de l’autorité de la concurrence). Avec ce niveau de concentration, je suis plus gaillard pour négocier le prix de vente et aller vers la rupture".

 

Le prix des produits élaborés à défendre

"Nous avons quelques désillusions sur les produits élaborés qui sont passés en cinq ans, d'un résultat positif à négatif. Et la volonté des distributeurs de toujours baisser les prix ne me laisse pas optimiste. Si la tendance se confirme, nous serons amenés à faire des réajustements sur cette famille de produits qui perd de l’argent. Nous écoulons tous les ans 150 000 tonnes de steaks hachés (1/3 en frais, et 2/3 en surgelés) et n'avons aucun intérêt à en faire plus. Les produits élaborés trouvent leur légitimité à partir du moment où le prix peut être répercuté, les coûts pour l'élaboration allant de 0,8 à 3,5 €/kg par rapport au prix matière".

 

L’export

"Je le répète, je ne signerai pas mon adhésion au groupement export. Que chacun fasse son métier. Le mien, je le conçois simplement : récupérer un maximum d'animaux et en obtenir la meilleure valorisation. Et contrairement à ce qui a été dit, le groupe fait plus de 15% du chiffre à l’export et continuera à en faire avec le jeune bovin. Je serai toujours prêt à me battre pour valoriser le produit. Vous ne trouverez pas meilleur ambassadeur dans la défense des prix. J’aimerais seulement que tous les opérateurs en fassent de même. Et quoi de plus parlant pour prouver notre engagement que l’implantation industrielle confortée tous les jours par d’importants moyens financiers.

Aujourd’hui cela peut paraître facile d’aller à l’export mais à compter de lundi (le 13 février), nous allons fonctionner avec zéro couverture de crédit à destination de la Grèce, et la situation n'est pas brillante non plus vers l'Italie. Des volumes énormes en vif ont été réalisés l’an dernier vers la Turquie où des aménagements de droits de douanes ont été faits. Le pire serait maintenant une fermeture totale de ce pays. Je ne remettrai pas en question un groupe qui emploie 14 500 personnes sur d’hypothétiques ouvertures à l’export qui peuvent se fermer demain".

 

La contractualisation

"La contractualisation fait grand bruit aujourd’hui. A mon avis, elle ne peut se jouer qu’à trois. La notion de contractualisation est importante sur des points de livraison, ou d’engagement qui sont des sujets primordiaux. Mais je ne conçois pas de proposer des prix sans indexation. Nous sommes en régime libre et il faut une adéquation entre prix de revient et de marché pour que les flux se maintiennent".

 

Les réajustements industriels envisagés

"Nous avons géré la reprise de Socopa en 2009 dans des conditions difficiles. Les résultats, bons en 2010, le sont moins en 2011 mais restent positifs. La structure souffre de difficultés en porc (les pertes dans la filière abattage porcine en France sont estimées à 100 millions d’euros en 2011), ce qui grève les comptes du groupe. Le groupe, qui traite 95 000 porcs par semaine, ne pourra pas réitérer en 2012 les pertes de 2011.

En bovins, il a fallu retrousser nos manches fin 2010 pour faire face à un afflux de matière première. 18 mois plus tard, les cours se sont redressés. Tant mieux mais les abattoirs ne tournent plus à 105%. Le périmètre des 23 abattoirs sera rapidement réduit si la production et la conjoncture ne bougent pas, même si la Bretagne sera épargnée par ces ajustements.

Le chiffre d’affaires consolidé du groupe est de 4,35 milliards d’euros en 2011 avec un volume en légère baisse de -1%".

 

Propos recueillis par Audrey Dibet

1er groupe en viande bovine

Le groupe Bigard est le premier groupe français de viande bovine avec 40% de parts de marché, et 26 000 à 31 000 bovins travaillés par semaine dans 23 abattoirs en France. Un million de tonnes de viande (toutes espèces) sont traités par an, par les trois structures, Bigard, Charal et Socopa, dont 270 000 tonnes de produits élaborés.

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