Terra 15 janvier 2015 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Remplacement au *Seremor : "Poursuivre l'activité en étoffant les équipes"

"Je remarche mais je ne suis pas prêt à reprendre le boulot". Depuis le 20 novembre, Erwan Le Cras, n'est plus présent sur l'exploitation laitière avec 80 vaches sur 160 ha, qu'il mène avec ses deux frères. Un arrêt accident de 90 jours et une nécessaire convalescence l'en tiennent à distance. Et c'est un remplaçant du Seremor* qui, au pied levé, a pris le relais pour que perdure l'activité.

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"On était en plein travail d'auto-construction sur notre futur bâtiment d'accueil des génisses. Ma jambe a été écrasée par le godet de la mini-pelle". Pas joli. 9 minutes seront nécessaires à l'hélicoptère mobilisé depuis Langonnet, pour rapatrier ce jeune père de 33 ans au centre hospitalier de Lorient, à peine 10 h pour qu'un remplaçant arrive dès le lendemain matin sur la ferme.

 

Pérennité de l'entreprise

Un service aussi rapide que la célérité avec lesquelles se sont forgées les convictions de cette fratrie sur la nécessaire assurance maladie-décès auprès du Seremor. "Mes parents, avant nous, avaient déjà fait ce choix qui malheureusement s'est révélé utile. Nous avions ces expériences en tête. On connaissait le Seremor". Alors c'est en continuité qu'Erwan, dès son installation en 2006, a repris le flambeau de l'adhésion. "La question ne se posait même pas". Idem pour Morgan, associé depuis 2010.Pas question donc de laisser reposer sur les épaules de ce dernier et de son plus jeune frère, salarié depuis 2014, la surcharge d'un travail occasionnée par son remplacement. "C'est juste impossible. En hiver, avec tous les animaux en bâtiment alors qu'on a encore plus de boulot...", se défend le jeune producteur de lait bio sur une ferme de 160 ha, 80 vaches et la suite, 470 000 litres de lait produits et du séchage en grange pour assurer l'autonomie alimentaire. "S'il y a deux associés sur une exploitation, c'est bien parce que l'exploitation a besoin des 2 pour tourner !". Et même de militer pour l'adhésion par actif au Sérémor. "Dans le cas d'exploitation en individuel avec un salarié, il est indispensable à la bonne marche de l'entreprise. Il peut lui arriver un accident de vie ou de travail !' défend t-il.

 

Un bon investissement

Ainsi à raison de 543 euros par personne, les associés de ce Gaec laitier ont-ils choisi d'assurer la continuité de leur activité, tout en préservant leur sérénité, appréciable. "J'ai pris du recul sur la ferme, cela permet à mes frères d'asseoir aussi leur responsabilité", voit cet aîné, d'un bon oeil. Et si le Seremor lui assure un remplacement pour un accident du travail, "il y a quelques mois, c'était pour mon congé paternité, et c'est aussi pour des bons moments", relativise-t-il, tout comme le coût de l'adhésion en interrogeant la pertinence de certains investissements. "On ne se pose pas la question quand il faut assurer un tracteur pour 650 h. C'est bien plus cher ! Moi, je travaille 70 heures pas semaine. Je serai arrêté 3 mois et remplacé, le calcul est vite fait".

Alors pas l'ombre d'un regret, d'autant qu'il y a la qualité des hommes. "Des fois on est aidé par des supers remplaçants, avec des compétences, parce qu'il faut en avoir pour remplacer au pied levé, c'est compliqué, et puis aussi des qualités humaines...Et ça fait du bien", conclut Erwan le Cras

 

Claire Le Clève

 

*Seremor : Service de remplacement morbihannais

 

 

 

la compétence est là. En porc, il faut être un bon animalier.
la compétence est là. En porc, il faut être un bon animalier. - © Alice Bertrand

Encadré

 

"Remplacer en compétence"

 

Dans le Gaec du Menezy à 3 associés et un salarié, Pierre Deslandes s'occupe seul de l'atelier porcs avec 170 truies NE. Pour ses congés, un réflexe : le Seremor pour l'assurance de compétences.

"Mes associés sont sur l'atelier lait et cultures. Le porc, ce sont des compétences spécifiques, chacun les siennes. ils ne pourraient pas venir me remplacer sur l'élevage", estime Pierre Deslandes qui depuis 20 ans s'assure de ses remplacement pour maladie-accident auprès du Sérémor. "Aujourd'hui, on n'a plus le choix, nos structures sont de plus en plus grandes. Si un pépin arrive... On ne fera plus marche en arrière". Alors, pour être remplacé durant ses congés, c'est le même réflexe auprès du Sérémor."Je peux partir en toute tranquillité". Ce dont il profite en deux périodes, une semaine en février et deux en juillet. Sa tactique pour être servi aux dates choisies avec son épouse qui travaille à l'extérieur ? "Je m'y prends tôt, le plus en avance possible, une fois que ma femme a ses dates vacances. Et puis nous sommes souples, on y arrive toujours avec de la bonne volonté". Pour faciliter le remplacement, "je veille à partir les semaines avec le moins de boulot sur l'élevage". Satisfait, l'éleveur l'est souvent. "Certains sont meilleurs que d'autres mais dans l'ensemble, la compétence est là. En porc, il faut être un bon animalier. Quand on a la chance d'avoir les mêmes personnes, ils prennent vite leur repères. Il faut savoir accepter que les techniques diffèrent un peu, avoir confiance. J'ai maintenant l'habitude et en cas de coup dur, il y a mes associés qui peuvent intervenir, on ne prend jamais en même temps nos vacances. C'est une sécurité".

 


 

Pierre Yves Le Bozec, président du Seremor et Sophie Jamois, directrice.
Pierre Yves Le Bozec, président du Seremor et Sophie Jamois, directrice. - © Claire le Clève

"Sécuriser son exploitation par une assurance mutualisée"

 

22 000 journées effectuées en 2014 par le Seremor, 65 % des missions de remplacement pour accident ou maladie et des interventions qui s'allongent durant en moyenne près de 2 mois. Les besoins auxquels répond le Seremor s'accroissent. Le défi ? Continuer à proposer un même service, de qualité, pour tous motifs, y compris en remplacement vacances.

 

"On a saturé nos outils mais aussi les hommes, ils sont plus impactés", constate Pierre Yves Le Bozec qui, depuis 2010, préside le Service de Remplacement Morbihannais. Et les niveaux de production sur les exploitations sociétaires ne permettent plus d'absorber l'immobilisation d'un associé."Les sinistres sont plus lourds, notamment en maladie. On voit apparaître des problèmes d'usure, de TMS". Dans le même temps, le Seremor a négocié l'allongement de la durée de prise en charge du remplacement par l'assurance."Mais cette consommation plus forte pour un même niveau de garantie a un coût". Une hausse de 5 % sur les cotisations assurances-maladie-décès sera donc appelée en 2015. Par ailleurs, face à cette forte activité, (22 000 journées de remplacement en 2014 contre 19 000 en 2010), la structure est passée à 120 ETP, dont 97 CDI temps plein et ce, "à effectif constant au niveau du siège", précise Sophie Jamois, directrice.

"Le défi est de poursuivre l'activité tout en accompagnant les agents de remplacement en termes de compétences techniques et de professionnalisme". Des objectifs clairement posés avec la mise en place d'un plan annuel de formation pour faire monter en compétence le personnel. L'accompagnement de main d'oeuvre des exploitations passe aussi par le développement des groupements d'employeurs, sous l'égide de Solutis-Emploi. "Si on répond bien à ça, on aura moins de d'agriculteurs surchargés, moins de problèmes, moins d'accidents, moins de TMS...". Un cercle vertueux.

 

 

 

Encadré

Le Seremor, comment ça marche

 

Le Seremor, est un groupement d'employeurs à vocation de remplacement. 2000 exploitations y adhèrent en cotisant annuellement 50 euros auprès de la structure.

Seremor a négocié pour ses adhérents une assurance auprès de Groupama permettant la prise en charge de la majeure partie du coût de journée en cas de remplacement pour la maladie, l'accident ou le décès.

Seremor propose aux adhérents de souscrire individuellement cette assurance. Ils sont 2600 à l'avoir fait. Pour 2015 le montant de la souscription des de 543 euros/personne. Ces cotisations sont reversées intégralement à Groupama.

En cas d'arrêt pour accident maladie, l'exploitant assuré, à la garantie d'être remplacé par le Seremor et ce coût de remplacement est en majeure partie pris en charge.

Seremor facture à l'adhérent le coût de journée, déduction faite du montant d'indemnité journalière. L'adhérent ne paye donc que le « reste à charge ».

 

 

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