Terra 26 septembre 2013 à 09h30 | Par Claire Le Cleve

Le tout robot au gaec de l'Epinay, à Guer (56)

"Nous aurions pu arrêter le lait. On aurait gagné plus d'argent mais il faut être content d'aller travailler le matin. Je ne suis pas céréalier.

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Catherine Piel et son frère Rolland, (sur ce cliché) sont associés à Roger Géoffroi. Pour supprimer les tâches d'astreintes liées à la traite, l'alimentation ou le raclage, ils ont choisi le tout robot.
Catherine Piel et son frère Rolland, (sur ce cliché) sont associés à Roger Géoffroi. Pour supprimer les tâches d'astreintes liées à la traite, l'alimentation ou le raclage, ils ont choisi le tout robot. - © Claire Le Cleve

Les 145 Pie rouges du Gaec de L'Epinay sont traites, alimentées et leur aire d'exercice nettoyée par des robots. Une automatisation signée Lely qui fait de ce bâtiment, bientôt mené par un seul salarié, le premier du genre en France. Curieux de voir ce que pourrait être la ferme laitière de demain[*], 7 000 visiteurs s'y sont pressés, les 20 et 21 septembre derniers.

 

Au Gaec de l'Epinay à Guer, dans le Morbihanon ne délaisse pas le travail. On ne le délègue pas, non plus, pour s'occuper des 354 ha de cultures et de légumes, des 145 VL et de toutes leurs génisses. Pas de petits bonhommes verts pour effectuer toutes ces tâches mais 4 associés, bientôt 3, tout un parc de matériels (2,2 millions d'euros d'investissement) et des petits robots rouges dans un nouveau bâtiment (1,7 million d'euros), d'où les vaches ne sortent pas. Deux automates pour la traite, un pour l'alimentation, un pour le raclage.

 

12 ans de réflexion

"De 26 heures de travail d'astreinte par jour, à deux, dans l'atelier lait, nous sommes passés à 8 heures. Je n'y consacre pas plus d'une heure par jour et ma sœur 7. C'est un travail de surveillance. J'arrive à 6h30 le matin et je lève toutes les vaches. Cela me donne un bon aperçu de l'état de chacune", note Rolland Piel. Avant ? Les associés le reconnaissent. "C'était la galère. Nous avions 130 vaches, pour 100 places au cornadis. La traite dans notre salle 2 fois 7, on y consacrait 7 heures par jour avec 2 lavages. L’élevage mobilisait deux personnes avec des journées de 13 h chacun sans compter les cultures....".  Alors arrêter le lait ? "On aurait gagné plus d'argent mais il faut être content d'aller travailler le matin. Je ne suis pas céréalier", poursuit-il en reconnaissant l'importance économiques de ces cultures dans la balance de l'exploitation qui fournit également, en autonomie, l'alimentation du troupeau. Pas de soja ici mais du colza en correcteur azoté et un coût alimentaire de 136 euros des 1000 l.

 

Conçu pour un UTH

A 49 ans, Rolland Piel, ne s'en cache pas. "Tout a été conçu pour qu'une seule personne s'occupe de l'atelier lait". 12 années de réflexion, des visites pour aboutir à  "un bâtiment à la mode hollandaise", où les associés sont allés puiser, leurs sources d'inspiration. Et des impératifs. Celui de la propreté et de l'absence d'odeur, "d'où le robot de raclage qui passe 3 à 4 fois par jour", celui d'aspirer à du temps libre "d'où le robot d'alimentation offrant 4 jours d'autonomie totale", celui du passage d'un fauteuil roulant, "d’où le plain pied".  Au centre du dispositif, le bâtiment flambant neuf de 80 mètres de long sur 37 de large, avec logettes sur caillebotis intégral (voir encadré), soit 7 650 euros la place.  Il a été conçu pour accueillir à terme 222 vaches produisant 2,2 millions de litres de lait. "Nous avons actuellement deux robots de traite centraux pour nos 122 laitières". Et disposées autour, 6 cases pour les vêlages sur tapis, dont deux de contention avec jeux de barrières pneumatiques pour être maniées à une personne, un passage propre central, le bureau.  Un espace pour les veaux de moins de 10 jours, en case individuelle sur paille et caillebotis, a pris place en bout de bâtiment "pour ne pas avoir à faire trop de distance".

 

Une semaine de transition

Si aujourd'hui la production est de 1 275 000 million de litres, dans 6 mois, les robots devraient être saturés à plus 700 000 litres chacun. "Ils ne vont pas chomer" prévient d'emblée l'éleveur qui dit avoir consacré trois nuits blanches à leur mise en route, le 27 mars dernier . Et s'il ne s'est pas couché, ses vaches non plus. Passant d'aire paillée aux logettes et à la traite automatisée, une semaine a été nécessaire au troupeau pour faire la transition. "On ne leur a pas laissé 1 minute tranquille. De 35,5 kg par jour, on est tombé à 28. Le 5 éme jour, 100 % des vaches étaient couchées dans leur logettes ". La conduite est libre et la fréquentation moyenne des robots est de 2,8 à 3 passages jour "identique à celle en refus". Reste le problème résiduel d'une situation leucocytaire, non résolue. "Nous étions entre 300 et 400 000 cellules au début du robot, nous sommes descendus entre 200 et 300 000. Mais c'est insuffisant", relève l'éleveur dont le troupeau est jeune, constitué à 45 % de génisses, avec un taux de réforme à 2,8 lactations. "Dans l'année, il faut qu'on ait réglé ce problème de mammites pour faire vieillir notre troupeau et mieux amortir la première année de lactation".

Claire le Clève.

- © Claire Le Cleve

Alimentation, autonomie de 4 jours

Pour supprimer les tâches d'astreintes captée à 80 % par la traite et l'alimentation, les associés les ont donc robotisées "pour aller au bout de notre logique". Pour nourrir les 300 animaux présents au Gaec de l'Epinay, un robot d'alimentation Lely Vector qui va du bâtiment des laitières à celui des génisses. Tous les ¾ d'heure, il passe et repasse mesurant au millimètre près le reste sur la table d'alimentation et rafraîchissant à la demande la distribution. Il se charge à partir d'une cuisine de 180 M2 où 36 cellules sont emplies tous les 4 jours de cubes d'ensilage de maïs et d'herbe, d'enrubannage et de paille avec 3 minéraux au choix et deux correcteurs.

- © Claire Le Cleve

Caillebotis : du tout modulaire

Fini le grand air et les verts pâturages pour les 145 laitières du Gaec de l'Epinay. Pour conserver aux aplombs toutes leurs qualités et garder bien au propre les sabots, les associés sont aller chercher aux Pays Bas des caillebotis de marque Ecosol combinant béton et inserts en caoutchouc pourvus de profils pour un meilleur confort et un effet anti glisse garanti. "C'est 90 000 euros de plus mais le bien être des vaches n'a pas de prix", estime Rolland Piel.

 

 

 

 

* Dans un communiqué, la Confédération Paysanne a appelé "au boycott de cette porte ouverte" s'insurgeant contre "la promotion de cette usine à lait....conduisant à 10 fois moins d'emplois qu'il n'est possible de faire". Le syndicat argue que "à production industrielle correspondra un prix industriel qui pénalisera fortement petites et moyennes fermes".

Pour automatiser le raclage, ce robot est capable de traiter 3000 M2 de caillebotis avec système d'aéroaspersion.
Pour automatiser le raclage, ce robot est capable de traiter 3000 M2 de caillebotis avec système d'aéroaspersion. - © Claire Le Cleve

L'exploitation en chiffres

1986 Installation sur l'exploitation parentale de Rolland Piel en Gaec sur 50 ha et 350 000 l. En 1989, sa sœur Catherine le rejoint avec 42 ha supplémentaires et un atelier taurillons. 1996 arrêt des taurillons, début des légumes d'industrie et reprise d'une exploitation de 210 000 l et 75 ha. 2003, arrivée d'un associé, Roger Géoffroi avec 200 000 l supplémentaires et 65 ha. Nouvel associé, nouvel absorption de quota pour atteindre la référence actuelle 1 275 000 litres de lait.

Troupeau 145 vaches laitières de race pie rouge et la suite. 122 vaches traites pour une moyenne d'étable à 10 500 kg.

Assolement des 354 ha: 180 ha de céréales : Blé, Colza Orge , 50 ha de légumes de plein champ en irrigation avec 3 étangs de 120 000 M3, 100 ha de maïs, 40 ha de prairie pour l'ensilage d'herbe.

1,7 million d'euros pour ce bâtiment dont le coût intègre l'achat des robots,  les 12 000 m3 de béton coulés, les 3500 M2 d'enrobés, la cuisine extérieure. Passant de fumier à lisier, deux fosses  permettant 8 mois d'autonomie.

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