Terra 22 avril 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'énergie la plus économique, c'est celle qu'on ne dépense pas !

Jean-Jacques René est responsable du dossier énergie pour les chambres d'agriculture de Bretagne. A quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, et alors que le développement de la production énergétique en Bretagne reste un sujet d'actualité, Terra l'a sollicité pour un entretien du climat à l'énergie en passant par les GES (gaz a effet de serre).

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Jean-Jacques René, responsable du dossier énergie pour les chambres d'agriculture de Bretagne
Jean-Jacques René, responsable du dossier énergie pour les chambres d'agriculture de Bretagne - © Terra

Comment percevez-vous la question de l'énergie 
à l'échelle de l'agriculture ?

Jean-Jacques René. L'énergie devient un point de plus en plus stratégique, essentiel dans la composition du prix de revient. L'énergie qui coûte le moins cher a produire, c'est celle qu'on ne dépense pas. Nous travaillons aujourd'hui pour accompagner les agriculteurs, les orienter vers des investissements tournés vers la sobriété, l'isolation, les échangeurs, la ventilation optimisée comme nous l'avons fait sur les plans de performance énergétiques. Cela commence par un bon diagnostic et une analyse de l'existant.  La production d'énergie doit venir renforcer le métier d'agriculteur. Notre premier métier,  c'est de produire pour nourrir. S'il y a production d'énergie, elle doit être en cohérence avec l'outil de production. Produire de l'énergie, pourquoi pas, mais il faut viser l'autonomie. Par exemple, faire de la méthanisation avec nos fumiers, nos lisiers. Produire de la chaleur pour les bâtiments d'exploitation, sans d'ailleurs forcément vendre de l'électricité, on a bouclé la boucle.

 

Un plan de modernisation des bâtiments se met en place. Qu'en pensez vous ?

J.J.R. Le parc bâtiment a beaucoup  vieilli en Bretagne, avec pour conséquence des performances parfois dégradées. Le plan de modernisation tombe à point nommé c'est sans doute une opportunité qu'il va falloir saisir. La conjoncture va certainement malheureusement freiner les projets. Ce plan peut être une occasion de revoir sa chaîne de bâtiments. C'est une source potentielle d'économie, de performance, d'efficacité énergétique, mais à condition de bien intégrer l'ensemble de ces points dans la réflexion.

Ce plan bâtiment c'est une occasion de retrouver de la compétitivité, de réduire ses coûts de revient et peut permettre d'anticiper sur la problématique climat.

 

Les chambres d'agriculture ont signé une convention avec le crédit agricole
sur l'énergie, pourquoi ?

J.J.R. C'est un accord en bonne intelligence. D'un côté les financeurs qui accompagnent et finalisent les dossiers, de l'autre la compétence et l'expertise des chambre qui peuvent renforcer le projet.  Dans le cadre du plan de modernisation, il est important d'être en ordre de marche. Aujourd'hui, l'agriculteur n'a plus le droit de se tromper. Chaque euro investi doit être bien investi, c'est ce que vise cette convention.

 

Que représente la conférence de Paris sur le climat ?

J.J.R. C'est un enjeu stratégique. Le climat est souvent perçu de très loin, mais les agriculteurs sont très concernés. Sur le terrain, on a déjà observé des évolutions sur les dates de semis et les dates de récolte. C'est une évidence, les choses sont en train de changer. Les experts du GIEC nous ont alerté depuis longtemps  Des objectifs ont été fixés pour 2020 et 2050. On parle de plan climat, je ne souhaite surtout pas revivre avec ce plan, le dossier environnement.

 

L'élevage est contesté par les tenants du climat.

Effectivement, l'enjeu du maintien de l'élevage en Bretagne est posé. Attention au risque de végétalisation et aux fausses solutions. L'agriculture est contributrice sur les GES notamment par le protoxyde d'azote et le méthane, donc nous sommes concernés. Mais, à la différence des autres secteurs, elle stocke du carbone. L'agriculture a un rôle de gestionnaire de ce capital qui n'est pas reconnu. On l'oublie trop facilement.

L'artificialisation des sols, par exemple, provoque du déstockage de carbone. Qui en parle ? C'est bien le prélèvement de l'énergie fossile qui pénalise avant toute autre chose le bilan carbone. Mais ces flux sont mal connus, il y a beaucoup d'interactions. Il faut, avant tout, bien connaître tous les mécanismes et prendre en compte les efforts réalisés.

Avec les pôles des chambres d'agriculture, nous travaillons sur des leviers d'actions, l'agronomie, l'alimentation, les protéines, la couverture des fosses, les échanges parcellaires pour moins de transports…, les pistes sont multiples et souvent bénéfiques pour l'agriculteur.

C'est un challenge et un grand chantier qui s'ouvre. A nous de bien anticiper, avec les bonnes solutions.

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