Terra 05 décembre 2014 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

L'herbe des bords de routes n'est plus considérée comme un déchet

Quatre régions européennes, dont la Bretagne, étudient comment valoriser l’herbe issue de l’entretien des bords de routes et des espaces naturels protégés, en tant que substrat méthanisable ou combustible solide. A Lantic en Côtes d'Armor, ont été présentés les résultats des expérimentations.

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Les collectivités territoriales étaient invités à découvrir le procédé IFBB à Lantic (22) le 25 novembre.
Les collectivités territoriales étaient invités à découvrir le procédé IFBB à Lantic (22) le 25 novembre. - © Terra

La végétation des espaces semi-naturels comme les fauches de bords de routes ou les déchets verts à des fins de méthanisation est en soi une bonne idée. Avec 4 700 km de bords de routes en Côtes d'Amor, les fauches au lieu d'être laissées au sol, pourraient être valorisées. Or là où l'on pourrait croire l'opération facile ou rapide, en réalité, cette biomasse se valorise mal. La grande proportion de lignine, de cellulose et de minéraux rend difficile la valorisation dans une installation de biogaz ou de combustion. Dans le cadre du projet européen Combine, l'association Aile a présenté le prototype "Blue Conrad" du 25 au 28 novembre sur le site de Kerval-Centre-Armor à Launay Lantic (Côtes d'Armor). Ce procédé expérimental allemand dégage des perspectives pour le traitement des déchets verts, mais aussi des fauches de bords de routes. En complément, les étapes de fauche, collecte et transport de la biomasse des bords de routes ont été particulièrement étudiées par l'association Aile. Il en ressort que la valorisation de l'herbe jeune, non lignifiée, en méthanisation est possible mais engage les collectivités à livrer une matière première conforme aux exigences des installations de méthanisation à la ferme.

Les déchets verts : un enjeu de territoire

Aujourd'hui en Bretagne, 75% de la production d'énergie renouvelable est issue du bois bûche. Si la filière biogaz atteindra 700 GigaWh en 2015 sur les régions Bretagne et Pays de la Loire avec l'ensemble des projets validés, en 2020, les deux schémas régionaux Climat Air Energie tablent sur 2 300 GWh. Les principaux gisements sont les effluents d’élevage, peu méthanogènes et les cultures et résidus de culture, qui posent la question de la concurrence alimentaire. La valorisation des déchets verts sur les territoires est une piste explorée : quatre régions européennes, dont la Bretagne étudient comment valoriser l’herbe issue de l’entre- tien des bords de routes et des espaces naturels protégés, en tant que substrat méthanisable ou combustible solide. 4,5 millions d'euros sont engagés sur l'ensemble du projet. Pour Loïc Raoult, vice-président du conseil général des Côtes d'Armor, il y a un enjeu environnemental et économique : "la biomasse enlevée réduit la pollution liée à la dégradation des fauches".

Le système Conrad

Une technologie innovante, le procédé IFBB, mis au point par l'Université de Kassel en Allemagne ouvre une voie à l'herbe mature. Le principe consiste à infuser l’herbe dans un bain d’eau chaude puis à la passer dans une presse à vis qui sépare la biomasse en deux fractions : l'une solide, épurée des minéraux indésirables, utilisable pour la combustion sous forme de pellets ; l'autre liquide, contenant des composés facilement digestibles, utilisables dans une installation de biogaz. "A Baden-Baden, nous avons la 1ère usine de traitement de ce type à taille réelle", explique le spécialiste allemand Frank Hensgen. "Elle est adossée à une station d'épuration qui injecte de l'eau dans le procédé". Le projet porté par la ville représente un investissement de 1,5 million d'euros avec l'unité de méthanisation. La ville revend les pellets produits à un prix peu élevé aux chaufferies muncipales. Question rentabilité le projet est-il transposable en France ? "La situation allemande fait que les pellets sont chers. L'installation est donc rentable. En France, il faut faire une analyse propre à chaque territoire. Par contre, si à l'entrée il faut payer la matière, alors cela devient très compliqué..." conclut le spécialiste allemand.

Matériel de fauche de bord de route présenté à Lantic.
Matériel de fauche de bord de route présenté à Lantic. - © Terra
Fauches et méthaniseur : un engagement entre collectivité et agriculteur

Seule l'herbe jeune, non lignifiée développe un bon potentiel méthanogène. Les expérimentations des récoltes de bords de voirie ont débuté depuis 2010 en Ille-et-Vilaine, en Côtes d'Armor mais aussi en Mayenne. Le type de matériel, le coût, les contraintes de récolte, la période... ont été passés au peigne fin. Comparé à une fauche classique, la fauche et la récolte nécessitent un matériel adapté. Sont nécessaires une rotofaucheuse frontale déportée ou montée sur un bras d'épareuse adaptée aux accotements, fossés, talus ; une remorque ; un semi-remorque et un télescopique pour reprendre l'herbe. Une passe de sécurité au printemps représente 0,8 tonne de matière brute/km.

Quel en serait le meilleur débouché ? "Une valorisation en méthanisation à la ferme à condition que l'herbe fournie soit appropriée aux contraintes des agriculteurs méthaniseurs", résume Jacques Bernard de l'association Aile. Pour les collectivités, cela veut dire : faucher une herbe de printemps et de début d'été ; nettoyer au préalable des bords de route pour limiter la présence de détritus ; couper à 10 cm pour éviter au maximum la présence de terre et fournir un brin court ; livrer dans un délai de 24 h maximum pour préserver la qualité de l'herbe. L'herbe sera stockée dans un silo chez l'exploitant au moins trois semaines. L'estimation du pouvoir méthanogène est de 50 m3 de méthane par tonne de matière sèche. Jusqu'où transporter la matière ? "Dans un rayon de 30 km, répond le spécialiste, "c'est la distance aller-retour correspondant au temps de remplissage d’une remorque ou d’un caisson". Faut-il un engagement moral ou écrit des deux parties ? "Oui, avec une convention écrite de préférence", conseille Jacques Bernard, "avec un aspect de concurrence/répartition équitable sur le territoire".

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