Terra 28 mars 2014 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Agroalimentaire, mondialisation et valeur ajoutée

Salaires, mondialisation, crises, bilan de compétences, les représentants salariés des filières agroalimentaires bretonnes ont eu une journée pour faire le plein d’informations et de conseils.

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Dominique Redor, économiste, professeur émérite à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée s’est adressé aux représentants des salariés de l’agroalimentaire sur l’avenir des filières.
Dominique Redor, économiste, professeur émérite à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée s’est adressé aux représentants des salariés de l’agroalimentaire sur l’avenir des filières. - © Terra

 

Alors que l’année 2013 a été dévastatrice pour l’agroalimentaire breton, les membres des comités d’hygiène et de sécurité et les délégués du personnel des industries agroalimentaires ont été conviés à une journée d’information. Une soixantaine de représentants des travailleurs du secteur ont bénéficié du bilan de santé de chacune des filières agricoles bretonnes ainsi que des explications concernant la survenue des crises et comment les gérer au sein de l’entreprise. "Certains qui étaient en pleine crise l’an dernier, comme le représentant de Doux, ne sont déjà plus là aujourd’hui, ça va très vite", précise Hervé Thiboult, élu CFDT. Afin de donner de la perspective au débat, Dominique Redor, économiste, professeur émérite à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée, s’est chargé d’analyser l’organisation et la situation de l’agroalimentaire en Bretagne.

 

Le salaire ne fait pas le prix

Que ce soit au début ou à la fin de son intervention, le professeur insiste : "l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire breton, français, se trouve dans les produits de haute valeur ajoutée". Un leitmotiv qui reviendra souvent et qui semble de plus en plus partagé par l’ensemble des acteurs de l’agriculture.  A Dominique Redor d’enfoncer le clou : "on ne pourra pas rivaliser sur les premiers prix face à des pays comme le Brésil ou la Chine, dont la compétitivité est record". Cependant, pour le professeur, il ne faut pas tomber dans l’écueil "salaire faible = bonne compétitivité". Et d’insister : "c’est raisonner dans le mauvais sens. En réalité, quand la production augmente, les salaires aussi ! Il ne faut pas avoir une vision mécanique du coût salarial, la relation se joue dans les deux sens". Il explicite donc ses propos à force d’exemple : "en filière porcine et volailles par exemple, la Belgique a le meilleur taux coût salarial/productivité avec un salaire annuel d’environ 20 000 € quand la Pologne ne se place "que" 8e avec un salaire annuel qui approche les 5600 €".

 

Intégrer la mondialisation

Dominique Redor revient également sur la place de la mondialisation dans les échanges commerciaux. Il analyse que "la montée en puissance des pays émergents (Brésil, Argentine..) va se poursuivre". Il fait l’analogie entre "la situation de l’agriculture et l’agroalimentaire français et particulièrement bretons et celle de l’industrie, confrontés depuis longtemps à la concurrence des pays à bas coûts de main d’œuvre". Le professeur insiste alors à nouveau sur la stratégie de haute qualité sur laquelle de nombreux autres pays européens ont misé à commencer par l’Allemagne. "Cette stratégie joue sur le tableaux des volumes en agissant sur l’organisation, la taille des exploitations et des unités de transformation et la recherche agronomique ; mais aussi sur la valeur en pratiquant des prix élevés par une politique de qualité en aval d’une politique commerciale dynamique". Cependant, pour Dominique Redor,  "la montée en qualité des productions s’appuiera nécessairement sur une coopération et des alliances étroites entres producteurs agricoles et entreprises agro-alimentaires". Et de conclure sur les opportunités offertes par la mondialisation qui "sont des marchés en pleine expansion et très prometteurs pour les produits à haute valeur ajoutée".

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