Terra 16 mars 2007 à 00h00 | Par C. Pape

Légumes : des raisons d'espérer

Mondialisation, coût de l'énergie… : si les sujets d'inquiétude ne manquent pas chez les producteurs de légumes, la Sica de Saint Pol de Léon veut voir dans les biocarburants une raison d'espérer des marchés agricoles plus équilibrés d'ici quelques temps.

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De gauche à droite : Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint Pol de Léon, Pierre Bihan-Poudec, président, et Henri Moal, directeur.
De gauche à droite : Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint Pol de Léon, Pierre Bihan-Poudec, président, et Henri Moal, directeur. - © TERRA

Locomotive commerciale de l'ensemble de la gamme Prince de Bretagne en hiver, comme l'est la tomate en été, le chou-fleur connaît actuellement une campagne difficile. "Le marché a été équilibré jusqu'à fin janvier, affirme Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint Pol de Léon. Mais, depuis début février, on est au prix de retrait pratiquement tous les jours".
En cause, un hiver doux qui favorise la pousse des légumes dans tous les bassins de production et qui freine leur consommation, ce qui rend le marché difficile pour tous les légumes d'hiver.

S'adapter
Si les aléas climatiques sont le propre du légume, les producteurs n'en doivent pas moins s'adapter sans cesse pour coller à la demande. "Rien n'est figé, confirme Jean-François Jacob. Il nous faut améliorer la présentation, diversifier, segmenter, nous adapter aux différents marchés". C'est ainsi que sont apparus, l'an passé, deux nouveaux choux-fleurs de couleur, orange et violet, d'anciennes variétés italiennes remises au goût du jour.
La gamme des alliums s'est étendue à l'ail rose, qui a connu un vrai succès commercial et verra ses plantations grimper de 50% en 2007. Démarrée en 2006, la production de jeunes pousses de salade va être multipliée par 4.
Mais, à l'image de la pomme de terre primeur, dont les quantités ne cessent de diminuer d'année en année, certains légumes inquiètent les responsables de la Sica. "La consommation de brocoli est à la baisse", indique le secrétaire général.
Si la chaleur de l'été dernier a amputé les rendements, elle a aussi provoqué des problèmes de conservation du produit en rayon, entraînant son déréférencement dans bon nombre de points de vente.
Après avoir frôlé les 20 000 tonnes au début des années 2000, la production d'endives est redescendue, l'an passé, à 13 500 tonnes. "C'est une des sections qui a le plus travaillé sur le haut de gamme et l'emballage, qui a réalisé le plus d'efforts sur la segmentation mais, du fait de l'inorganisation du Nord de la France, elle ne parvient pas à en tirer profit".

La tomate cerise prend l'avion
La hausse incessante du coût de l'énergie inquiète également la Sica : si elle plombe les comptes de résultat des productions sous abri, elle rend aussi le transport des légumes bien plus cher, un poste crucial dans une région excentrée comme l'est la Bretagne, qui cherche des solutions. "En chou-fleur, nous avons décidé de ramener la hauteur des plateaux de 20 à 17 cm, indique Henri Moal, directeur de la Sica. Gagner deux rangées par palette nous permet de diminuer d'autant le prix du transport".
Au chapitre des inquiétudes, figure aussi la mondialisation, une réalité de plus en plus présente, y compris en légumes. "On la connaissait déjà en fleurs, où la rose est attaquée par des produits venant de Colombie, Equateur, Kenya ou Ethiopie", détaille Pierre Bihan Poudec, président de la Sica. On la voit maintenant apparaître en tomate cerise, un produit à forte valeur ajoutée, où le gain réalisé grâce à une main d'œuvre bon marché dans des pays comme le Sénégal permet de payer un transport par avion.
Rééquilibrer les marchés
Mais, si les sujets d'inquiétude ne manquent pas, la Sica se veut résolument optimiste. "Sur le moyen terme, l'agriculture ira vers une nouvelle vocation, la production de bioénergies", estime Pierre Bihan Poudec. Si de telles productions peuvent être difficilement envisageables en zone légumière, aux exploitations trop exiguës, elles permettront cependant, en offrant de nouvelles perspectives aux céréaliers, de rééquilibrer les marchés. "Aujourd'hui, déjà, certains céréaliers, qui s'étaient lancés dans la culture de tomates, abandonnent leurs serres, ayant plus à gagner du côté des grandes cultures", relate Jean-François Jacob.


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