Terra 03 avril 2014 à 08h00 | Par Chantal Pape

Comment relancer l'économie ?

En crise depuis 2008, l'économie française peine à repartir. Invité par Cerfrance Finistère, Dominique Seux, directeur délégué des Echos et éditorialiste à France Inter nous donne quelques pistes.

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Directeur délégué des Echos, éditorialiste à France Inter, Dominique Seux est intervenu à Landerneau le 28 mars dernier, à l'invitation de Cerfrance Finistère.
Directeur délégué des Echos, éditorialiste à France Inter, Dominique Seux est intervenu à Landerneau le 28 mars dernier, à l'invitation de Cerfrance Finistère. - © Terra

Alors ? Sorti ou pas de la crise, notre pays ? Plutôt que de faire confiance au ressenti des Français, "notre pessimisme est congénital", Dominique Seux, journaliste économique, préfère s'appuyer sur des chiffres. "Si on part d'une base 100 en 2008, le PIB de la France est toujours à 100 fin 2013". 6 ans pour rien, alors ? "C'est la première fois qu'une telle situation arrive depuis les années 30, exception faite des années de guerre". Et encore, on parle là du PIB global du pays. "Dans l'intervalle, la population française a augmenté de 1,5 million d'habitants. Notre PIB a donc régressé de 4%".

Mais la bonne nouvelle, c'est "qu'on a arrêté de descendre au 4e trimestre 2013" et que les prévisions font état d'un petit + 0,9 % pour 2014. "Les chiffres du chômage et du nombre de permis de construire ne sont pas bons, reconnaît Dominique Seux. Mais ceux du commerce et du moral des ménages et de l'industrie le sont".

 

Une reprise molle

Contrairement aux précédentes crises, 1975, 1993, 2001-2002, la reprise s'annonce très molle et très lente. "Je qualifierai l'économie française de pouf quand elle est plutôt trampoline en Grande Bretagne : nos amortisseurs sociaux font qu'on descend moins bas mais qu'on a des difficultés à rebondir".

Parmi les freins à la reprise, figure la désindustrialisation, entamée depuis les années 80. "Les fermetures d'usines sont supérieures aux ouvertures". Mais aussi l'incapacité des entreprises françaises à grandir. "10 ans après leur création, seule une sur 5 vit encore. Et moins de 1 % a un chiffre d'affaires supérieur à 10 millions d'euros".

Des initiatives freinées

Et le journaliste économique de pointer le manque d'investissements, - 7% en 2013, mais aussi un taux de marge insuffisant. "La France est le pays où la durée du travail est la plus courte de tous les pays de l'OCDE. Et l'instabilité fiscale et sociale que nous connaissons n'incite pas les initiatives". Contrairement à d'autres pays, nous n'avons pas non plus la culture des compromis sociaux ni de corps intermédiaires solides. Et nous sommes champions toutes catégories de la complexité administrative. "Aux USA, avant de construire un simple hangar, il faut compter 27 jours, 97 en Allemagne et 184 en France". Sans oublier des dépenses publiques qui flirtent avec les 57% du PIB ce qui nous place en 8e position mondiale sur 192 pays, et des taux de prélèvements obligatoires supérieurs à 40 %, "bien au-delà du raisonnable ! Ils limitent l'incitation à produire".

Mais qu'on se le dise, la France possède aussi quelques atouts, au premier rang desquels figurent sa démographie et son espérance de vie. "Et au palmarès des 100 premières entreprises mondiales, on en classe plus que l'Allemagne". La France est aussi reconnue pour son savoir-faire en automobile, aéronautique, eau, luxe, jeux vidéo... "Et, pendant la crise, nos banques ont bien tenu".

 

Réduire les dépenses publiques

Dominique Seux est formel, "il faut relancer l'économie par la technologie". Le niveau d'éducation ne cesse de grimper partout dans le monde et, en 10 ans, le nombre de chercheurs a doublé. Mais en attendant, que faire ? "Dévaluer l'euro. A 1,38 $, il est bien trop fort ! Il faudrait le ramener aux alentours de 1,20 $". S'il est, de manière générale, opposé au protectionnisme, le journaliste économique n'en rejette pourtant pas totalement l'idée pour quelques secteurs d'activité, comme l'agro-alimentaire. "La période de naïveté de l'Europe est finie ! Il faut être plus ferme dans les négociations, plus exigeant".

Mais il faut aussi réduire les dépenses publiques, limiter le pouvoir de la finance et parvenir à retrouver de la mobilité. Encore un critère qui nous différencie des autres pays, où les gens sont plus mobiles. "Et accepter la prise de risques".

Loin de toute idée de décroissance, Dominique Seux prône quand même une certaine frugalité. "Il faut mettre en place une économie de partage, covoiturage, logements...". Avant de conclure d'un retentissant "osez l'optimisme ! L'Europe s'est relevée, après la guerre, il n'y a pas de raison qu'on ne réussisse pas".

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