Terra 14 mai 2015 à 08h00 | Par Jean Dubé

L'administration au contact des agriculteurs

Deux grands "commis" de l'Etat viennent de prendre leurs fonctions en région Bretagne. Philippe de Guenin est le nouveau directeur de l'agriculture et de la forêt et Cécile Guyader a pris ses fonctions de secrétaire générale des affaires régionales. Les FDSEA et les JA de Bretagne leur avaient fixé rendez-vous sur l'exploitation de Etienne Bricet, à Acigné (35) pour une première prise de contact avec le terrain, rencontre centrée sur les difficultés des productions et plus globalement de l'agriculture.

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Pendant deux heures, lundi, les responsables de l'administration ont échangé avec les représentants des FDSEA-JA des 4 départements bretons, 
sur l'exploitation d'Etienne Bricet.
Pendant deux heures, lundi, les responsables de l'administration ont échangé avec les représentants des FDSEA-JA des 4 départements bretons, sur l'exploitation d'Etienne Bricet. - © Terra

Le choix de l'exploitation d'Etienne Bricet, producteur de porcs à Acigné, ne devait évidemment rien au hasard. La crise qui s'éternise met clairement en cause la pérennité des élevages. Responsable FDSEA porcs en Ille et Vilaine, Nathalie Marchand s'interroge : "on a fait beaucoup de réunions, de cellules de crise , et maintenant on propose quoi à ces gens ?".

 

Les productions dans la tourmente

Face aux éleveurs présents, Philippe de Guenin adopte un
discours de vérité : "si pour certains éleveurs, c'est un très mauvais moment qu'ils arriveront à passer, d'autres poussent devant eux une boule qu'ils n'arriveront jamais à rattraper. Il faut peut-être traiter les difficultés maintenant, plutôt que de le faire dans la douleur dans 6 mois". "Nous prendrons nos responsabilités", notamment dans la répartition des aides de 3 millions d'euros annoncés par le ministre et des 2 millions d'euros annoncés par la MSA. Le directeur régional de l'agriculture vise une somme objectif de 7 000 à 8 000 euros d'aide par élevage, soit 300 élevages. Soit "un ballon d'oxygène" pour les producteurs concernés, pour qui cette aide sera "plus efficace que de répartir 1 000 euros à 3 000 éleveurs".

Se pose néanmoins une question essentielle, celle du devenir de cette filière. Pour Didier Lucas, président de la FDSEA des Côtes d'Armor, "les gens qui laisseront des dettes risquent d'entraîner les autres" dans leur chute. Le prix de vente est aujourd'hui l'élément central et celui de la pérennité de la filière. Peut-on maintenir la production en Bretagne ? Philippe de Guenin répond pour sa part par la positive, mais c'est au ministre de l'agriculture en personne, Stéphane Le Foll, que les éleveurs poseront cette question, lors de sa visite en Bretagne où il est attendu lundi prochain.

 

Promouvoir le manger français

Dans le prolongement direct du dossier des productions, Chantal Bévillon  (FDSEA 22) a présenté aux représentants régionaux de l'administration agricole le travail réalisé sur le thème du "manger français". "Pour intégrer 20 % de produits bio ou locaux, les cantines et autres points de restauration collective font n'importe quoi sur les 80 % restants" a-t-elle avancé. Les acteurs locaux se sont donc mis en tête de convaincre les opérateurs de la restauration hors foyer d'utiliser des produits français. Philippe de Guenin et Cécile Guyader soutiennent la démarche mais rappellent aussi que "l'origine des produits est un aspect mais ce n'est pas le seul". Bien souvent, "les transformateurs ne sont pas organisés pour répondre à une demande locale", certains ne sont tout simplement pas capables de livrer parce que la production n'a pas été organisée en conséquence et que le portefeuille de produits n'existe tout simplement pas.

Rendez-vous a toutefois été pris avec les responsables de l'administration, "c'est quelquefois une question d'ingénierie, les services de l'Etat peuvent donc aider à ce travail".

Le chantier semble "indispensable", considère Benoît Champalaune. Indispensable mais aussi "très long" estime le responsable FDSEA d'Ille et Vilaine.

 

Reculer les déclarations PAC

Dernier sujet qui fâche : les déclarations PAC. Pour Thierry Coué, président de la FRSEA Bretagne, beaucoup de questions sont encore sans réponse alors que les déclarations sont à réaliser pour le 9 juin (et les aides bovins au 15 mai). Philippe de Guenin conteste cette appréciation, en estimant que, tout au plus, il reste 2 à 3 % de questions sans réponse, et invite les agriculteurs à formuler leur déclaration en se basant "sur ce qui leur semble logique". Ce à quoi les responsables professionnels participant à cette rencontre ont aussitôt rétorqué en s'inquiétant de l'appréciation de ces éléments par l'administration. Pour eux, il n'y a "aucune garantie quant à la non application de pénalités".

Le sujet bouillant a donc toutes les chances d'être à nouveau abordé lors des prochains échanges entre administration et profession.

Ce premier rendez-vous de terrain entre les représentants de l'administration agricole et les responsables syndicaux aura certes été courtois et studieux, mais il aura aussi permis de mesurer l'écart de positionnement entre les ambitions et les moyens de l'Etat d'un coté et, de l'autre les attentes du monde agricole. Deux prochaines rencontres ont toutefois été programmées, la visite - dès lundi - du ministre de l'agriculture en Ille et Vilaine et Morbihan et, le même jour, une rencontre avec le préfet de Région sur les questions environnementales. Les équipes changent mais le travail de fond demeure.

- © Terra

Si c'était à refaire...

Etienne Bricet est exploitant à Acigné (35). Installé en production porcine depuis 1991, il  a témoigné sur son exploitation, chiffres en main, de la situation actuelle des producteurs de porcs. "J'en suis aujourd'hui à 12 euros de perte par animal. A ce rythme-là, en juin j'ai peur d'être en situation de cessation de paiement. Si c'était à refaire, je pense que je ne referais pas ce métier-là". Etienne Bricet n'est pas un cas unique ou exceptionnel. Au contraire, il est très représentatif de la situation générale de la filière. Les 100 000 euros investis dans la mise aux normes bien-être pèsent doublement dans les comptes. Les résultats techniques sont dégradés en moyenne de 0,5 porcelet par truie et, bien-sûr, l'investissement pèse sur les charges de structures. Heureusement, d'un point de vue personnel et moral, il sait qu'il peut compter sur des soutiens extérieurs et sur celui de sa famille... essentiel dans une telle situation. Les fabricants d'aliment n'ont jamais enregistré de tels montants de dettes.

Le mois de juin - qui est toujours le plus difficile en termes de trésorerie - sera crucial.


Philippe de Guenin

La carrière de Philippe de Guenin l'a amené successivement des cabinets des ministres de l'agriculture Jean Puech et Hervé Gaymard, à la direction de plusieurs services et interprofessions. Onilait, Onivins, Oniflhors puis Viniflhors mais aussi aussi à la direction du Cniel. C'est donc un parfait connaisseur des filières et des mécanismes interprofessionnels qui arrive en Bretagne. Philippe de Guénin connaît aussi parfaitement les rouages de l'administration de l'agriculture pour avoir dirigé successivement les Draaf Poitou Charente et Pays de la Loire.

Cécile Guyader

Enarque (promotion Cyrano de Bergerac), Cécile Guyader n'est pas une inconnue en Bretagne où elle a eu l'occasion de diriger la direction départementale du travail, de l'emploi et de la formation dans le département des Côtes d'Armor. Dans sa nouvelle fonction, elle aura en charge la direction du secrétariat général aux affaires régionales (Sgar) au coté du préfet de Région Patrick Strzoda et sera donc responsable de la mise en œuvre des politiques nationales ou européennes concernant le développement économique social et l'aménagement du territoire.

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