Terra 15 février 2014 à 08h00 | Par Actuagri

Etats généraux de l’agriculture : "Ce n’est pas une réunion parisienne de plus, c’est le début d’un processus !"

A une semaine des Etats généraux de l’agriculture qui se dérouleront le 21 fevrier à l'initiative du CAF (conseil de l'agriculture française), regroupant les organisations agricoles syndicales, coopératives et mutualistes, Xavier Beulin, son président et aussi président de la FNSEA insiste sur les principaux points qui seront abordés ce jour-là lors des débats à la Maison de la Chimie à Paris. Au programme de ce rendez-vous fixé à la veille du salon international de l'agriculture : simplification administrative, normes environnementales… Et surtout des propositions concrètes.

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Quels sont les objectifs de ces Etats généraux de l’agriculture ?

Xavier Beulin. Le premier objectif est de redonner des perspectives à l’agriculture française et à la filière agricole. Nous nous faisons tailler des croupières par nos voisins et nous sommes en régression dans certains domaines. Ce n’est pas satisfaisant. Aujourd’hui, le pays tout entier se pose des questions fondamentales sur l’emploi, la croissance et l’avenir de nos territoires. Nous devons être fiers de faire une agriculture d’excellence qui a su s’adapter au monde actuel tout en restant une agriculture à taille humaine et en capacité de relever les défis. Le deuxième objectif est d’interpeller la puissance publique et de questionner le monde agricole pour se positionner en situation de reconquête. Ce n’est pas une réunion parisienne de plus. C’est plutôt le début d’un processus. Je pense qu’il y a un temps pour la revendication et un temps pour l’action. La mobilisation de l’ensemble des partenaires de l’agriculture permettra, je l’espère, des réponses immédiates, concrètes et précises. Nous n’attendons pas tout des pouvoirs publics, nous avons aussi des propositions à faire !

La relation agriculture-environnement est au cœur des enjeux agricoles. Les deux ministres, Ecologie et Agriculture, seront présents le 21 février. Qu’allez-vous leur faire passer comme message ?

X.B. Je souhaite que l’organisation de ces Etats généraux ne soit pas perçue comme une posture de défense. Nous adoptons une attitude positive et volontariste. Aujourd’hui, la seule réponse proposée aux problématiques concernant l’agriculture et l’environnement reste administrative : réglementation, législation, pénalité sont les maîtres mots. Le 21 février, nous voulons montrer que l’agronomie et l’innovation doivent être mises au service des pratiques agricoles. En d’autres termes, nous devons faire plus confiance aux agronomes pour renforcer une agriculture combinant performance économique et écologique, comme le dit le ministre de l’Agriculture lui-même. Nous ajoutons à cela de la performance économique, sociale et territoriale.

La simplification administrative et l’empilement des normes font partie des revendications sur le terrain et seront l’un des thèmes des tables rondes. Les agriculteurs attendent des réponses concrètes. Qu’allez-vous leur dire ?

X.B. Prenons plusieurs exemples. Tout d’abord l’application du programme d’action de la quatrième directive nitrate. On voit bien que l’administration régionale a durci les cahiers des charges, les réglementations, etc. Il y a une tendance à faire du zèle, à vouloir aller plus loin que l’arrêté cadre national. Là on dit stop ! Ensuite : l’épandage des fertilisants organiques ; nous croyons à l’économie circulaire en recyclant les effluents d’élevage mais dès qu’on est sur des terrains en pente ce n’est plus possible. Troisième exemple : les problèmes liés aux installations classées et aux autorisations d’exploiter sont récurrents. Il faut que ça bouge ! Les agriculteurs doivent s’inscrire dans une démarche de développement et les jeunes doivent pouvoir s’investir. La production porcine connaît des évolutions positives pour les installations classées, maintenant cela doit être valable pour les autres filières animales. Autre sujet encore : l’eau. On attend des actes concrets dans la mise en œuvre du rapport Martin. Voilà là un exemple de non-passage aux actes par la sphère politique. Là-dessus nous attendons beaucoup de réponses. Je le répète : il ne s’agit pas de travailler contre l’environnement, il s’agit de remettre un peu de bon sens dans la réglementation qui finit par être contre-productive !

D’autres revendications ?

X.B. Oui. Il faut redonner de la compétitivité dans nos exploitations. Parmi toutes nos demandes, le coût du travail risque de mettre hors jeu durablement des filières comme les fruits et légumes ou la viande. Enfin, l’investissement doit être soutenu. On a besoin de mobiliser les ressources publiques avec la Pac et mettre de la cohérence entre les exploitations agricoles et les outils de transformation.

La méfiance des consommateurs à l’égard des agriculteurs est grandissante. Qu’avez-vous à leur répondre ?

X.B. La vocation de l’agriculture française est de rester une agriculture diverse et diversifiée par ses territoires, par les segments de marché, etc. Ce serait une erreur fondamentale que de verser dans une agriculture de plus en plus industrialisée ou a contrario dans une agriculture uniquement centrée sur les circuits courts. En matière de qualité des produits agricoles, les consommateurs ont beaucoup d’appréhensions. Dès qu’il y a une avarie, on jette le discrédit sur les agriculteurs et les entreprises agroalimentaires qu’ils soient impliqués ou non. Or, nous sommes dans un pays qui a fait beaucoup d’efforts et nous avons un réel savoir-faire dans l’élaboration des produits alimentaires.

Xavier Beulin  Président  de la FNSEA
Xavier Beulin Président de la FNSEA - © Terra

 

"Du pacte aux actes"

En organisant ses Etats généraux, la profession agricole attend des réponses concrêtes aux demandes de simplification administrative, de relance des investissements et de soutien à líemploi pour que la France retrouve sa compétitivité.

 

A quelques jours des Etats généraux de l’Agriculture, les responsables professionnels de l’agriculture, réunis au sein du Caf, maintiennent la pression sur les pouvoirs publics. Le jour J, le 21 février, quatre ministres ont d’ores et déjà donné leur accord à leur participation à ce grand rendez-vous, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, bien entendu, mais aussi le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin et le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. En revanche, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pressenti, ne pourra être présent pour des raisons d’agenda. Gaël Gautier, le secrétaire général des JA, ne cache pas que beaucoup de progrès pourraient être réalisés à cette occasion en matière d’installation. Ce qu’il déplore le plus, c’est "le manque de constance réglementaire" qui crée des difficultés aux jeunes. "On ne peut pas se permettre d’avoir des règles qui changent quand nous sommes sur un plan de financement de dix ans " résume-t-il. Guy Vasseur, le président de l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture, pointe les normes franco-françaises qui en rajoutent par rapport à celles de "nos principaux compétiteurs". Et de s’interroger sur le devenir du "choc de simplification" dix huit mois après qu’il ait été annoncé par les pouvoirs publics, alors que la profession a fait des propositions, il y a déjà plus de six mois. "Pourquoi faut-il en France un délai de 3 à 4 ans pour construire une unité de méthanisation, alors que 18 mois suffisent en Allemagne ? C’est du temps perdu et de la paperasserie qui occupe l’agriculteur et l’administration" cite-t-il en exemple.

 

Des Etats généraux au Pacte de responsabilité

Pour Philippe Mangin, le président de Coop de France, ces Etats généraux arrivent à point nommé. "Ils s’inscrivent dans la foulée du pacte de responsabilité : ils devraient permettre au Gouvernement d’enregistrer nos demandes et d’apporter des réponses". Son attente prioritaire, c’est la mise en œuvre anticipée de la suppression des cotisations d’allocations familiales annoncée par François Hollande dans le cadre du Pacte de responsabilité. Alors que Coop de France a renoncé au bénéfice du Cice pour les coopératives, face au blocage de Bruxelles, l’allègement des charges sociales annoncé par François Hollande dans son Pacte pourrait porter sur 150 millions d’euros… Pour les réponses qui n’auront pas été apportées lors des Etats généraux de l'agriculture, nul doute que l’actualité du sujet alimentera les questions qui pourraient être posées au Président de la République et au Premier ministre dans les allées du Salon de l’Agriculture qui ouvrira ses portes le 22 février jusqu'au 2 mars.

 

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