Terra 14 février 2015 à 08h00 | Par Chantal Pape

Bientôt une filière bretonne de méthanisation ?

Avec une cinquantaine d'unités en fonctionnement et de nombreux projets, la méthanisation se développe en Bretagne. Maintenant que les pionniers ont montré le chemin, la Région voudrait qu'une filière bretonne se mette en place.

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Le 9 février dernier, André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, a présenté son unité de méthanisation à Michel Morin, vice-président de la Région Bretagne, en charge de l'agriculture, et Armelle Huruguen, vice-présidente du Conseil général, en charge de l'eau et de l'énergie.
Le 9 février dernier, André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, a présenté son unité de méthanisation à Michel Morin, vice-président de la Région Bretagne, en charge de l'agriculture, et Armelle Huruguen, vice-présidente du Conseil général, en charge de l'eau et de l'énergie. - © Terra

"Le plan Biogaz prévoit le financement de 20 à 30 unités de méthanisation par an", rappelle Michel Morin, vice-président du Conseil régional, en charge de l'agriculture. Car la Région s'est fixé un objectif ambitieux : parvenir à la production de 100 MWh à l'horizon 2020. "Pour le moment, on n'en est qu'à 20 : il va falloir accélérer !" Car la méthanisation répond à plusieurs objectifs : énergétique, en réduisant la dépendance de la Bretagne, environnemental, en limitant les épandages d'azote et de phosphore grâce à l'exportation du digestat, et économique. "Elle permettra de maintenir la production en Bretagne, mais aussi de développer de nouvelles activités pour valoriser la chaleur : serres, culture de champignons...".

 

Homologuer le digestat

Mais, pour le moment, les questions restent nombreuses. "Il faudrait parvenir à une homologation du digestat, afin d'en faciliter l'exportation", estime Michel Morin. Autre souci : peu développée en France, la méthanisation utilise pour le moment des technologies étrangères, allemandes, autrichiennes, italiennes..., qui coûtent cher. "Il faudrait mettre sur pied une filière française, voire bretonne".

 

Viser l'autonomie...

Un avis que partage André Sergent. Eleveur à Beuzec Cap Sizun (29), en Gaec avec son épouse et son frère, épaulés par 5 salariés, il a fait le choix de l'autonomie : le méthaniseur, qui devrait entrer en service en avril, sera alimenté par les effluents des ateliers lait, 130 vaches, et porc, 325 truies naisseur engraisseur. "On y ajoutera les refus à l'auge ou au pâturage des laitières". Et l'exploitation implantera de nouveaux types de couverts végétaux, pour produire plus de biomasse. "On se garde aussi la possibilité d'y incorporer un peu de cultures énergétiques, pour sécuriser la production et préserver l'équilibre biologique".

 

... et la proximité

L'autonomie, l'exploitation y a aussi réfléchi au moment de choisir les entreprises. "Le savoir-faire est à l'étranger, mais je voulais que la maintenance soit locale", indique André Sergent. Il choisit donc Maiveo, un partenariat entre le breton Christien Défi (Tuffigo-Rapidex, Stibel...) et l'italien RWL Water Italia, ce qui lui permet de faire travailler bon nombre d'entreprises du Sud Finistère au moment de la construction. "Et le moteur de la cogénération sera fourni par SDMO, une entreprise brestoise".

C'est ce même souci de proximité qui l'anime lors de la réflexion sur la valorisation de la chaleur dégagée par la co-génération, un élément important pour maximiser le prix de rachat de l'électricité. Une bonne part de cette chaleur servira pour le process même de la méthanisation, le digesteur devant être maintenu à 40°, et pour le séchage du digestat, en vue de son exportation. "Je m'en servirai aussi pour chauffer les porcheries", indique l'éleveur, qui y voit un double avantage : réduire sa facture énergétique et gagner sur les volets sanitaire et indice de consommation, en privilégiant le confort des animaux. "Mais c'est l'été que la méthanisation produit le plus de chaleur". Il a donc noué un partenariat avec des moulins, remis récemment en service dans le Cap, et qui transforment blé noir ou céréales. "On va pouvoir créer une filière locale, de la production à la transformation en passant par le séchage".

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