Terra 18 septembre 2014 à 08h00 | Par Paul Jegat

Stéphane Le Foll au Space : "il faut qu'on se fasse confiance"

Une visite inaugurale du Space au petit matin, dans la quiétude et le silence, on avait presque oublié que le premier salon français de l'élevage pouvait aussi être un lieu d'échanges paisibles. Mardi, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll s'est livré à l'exercice avec délectation, comme pour y puiser des forces en prévision du vote de confiance des députés quelques heures plus tard au Palais Bourbon. Devant un auditoire de responsables agricoles, de chefs d'entreprises, il en a appelé à la confiance.

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Marcel Denieul, président du Space et Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, mardi matin sur le Space
Marcel Denieul, président du Space et Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, mardi matin sur le Space - © Terra

Doux qui se redresse, Gad en phase de reprise par SVA, pas de doute pour le ministre de l'agriculture, "ça va dans le bon sens". Comme le signe avant-coureur d'un retournement qui ouvrirait un cycle enfin positif pour le pays... Pour un peu, on se serait cru à l'assemblée nationale, exhortés à voter la confiance en l'action du gouvernement. Mais non, la scène se déroulait à Rennes au terme de la visite inaugurale du Space, dans une salle toute ouie face à un ministre rompu à l'exercice du discours sans note. "On a tous une responsabilité dans le redressement du pays", a-t-il lancé en préambule d'un inventaire volontairement optimiste de la situation agricole et agroalimentaire.

L'enjeu du collectif

Même l'embargo russe serait pour la France une opportunité de rechercher de nouveaux marchés ailleurs, en Asie, en Afrique et sur le bassin méditerranéen. Tout au long de la visite d'ouverture du salon, c'est d'ailleurs à ce même ton volontaire qu'auront eu droit tous les interlocuteurs du ministre de l'agriculture, évoquant à plusieurs reprises "l'enjeu du collectif" pour investir dans la méthanisation et la production d'énergies à la ferme, pour s'engager dans l'agroécologie ou pour répondre  à la perte du marché russe par "une stratégie export coordonnée, ciblée... et pas pour répondre à d'autres problèmes, cela vaut pour les fruits et légumes, pour le lait et pour le porc bien sûr". Sur le cas précis du porc, et en écho à la question posée par le président du Space Marcel Denieul sur le principe d'un retour aux objectifs de production que réalisait la France en 2010,  le ministre s'est même fendu d'une énigmatique promesse :  "dans deux mois, j'assumerai mes responsabilités devant la filière", a-t-il confié avec insistance, "c'est un intérêt général qui doit être porté". "Même en volaille, il y a un marché si tout le monde se met autour de la table", affirmera-t-il aussi à l'intention des acteurs de cette filière déstabilisée par l'arrêt des restitutions et la concurrence européenne.

 

Azote : plus d'organique, moins de minéral

La directive Nitrates ? "Ses objectifs ne doivent pas être remis en cause, plaidera Stéphane Le Foll, ce qui peut être discuté c'est comment les atteindre d'une manière différente", le pire étant pour lui que la condamnation de la France par Bruxelles ne contraigne les agriculteurs à réinvestir dans le stockage des effluents "alors que les bétons du PMPOA se sont pas encore secs". Quant à la déclaration des flux d'azote par les agriculteurs, elle répond à une idée simple : "si j'ai un excédent d'azote organique, alors je le mets à la place de l'azote minéral" expliquera le ministre en défendant le principe de la prise en compte de l'azote total sur l'exploitation. Sur ce point aussi, "Il faut qu'on se fasse confiance" a insisté Stéphane Le Foll en écartant tout risque d'exploitation des données issues de la déclaration des flux d'azote à d'autres fins que celles-là. Confiance donc.

Le Space en bref

Méthanisation. Le ministre a expliqué que le gouvernement souhaite inscrire, dans la prochaine loi de finances, l’exonération de taxe foncière sur la bâti pour les méthaniseurs agricoles durant une période de cinq ans. L'objectif avait été fixé en début d'année : dénombrer 1 000 méthaniseurs à la ferme à l'horizon 2020, contre moins de 100 fin 2012.

Taxe poids lourds. Reprenant les propos de Ségolène Royal qui affirmait qu'il ne doit pas y avoir d"écologie punitive", Marcel Denieul a évoqué le "handicap" que constituera la mise en place de la taxe poids lourds, censée remplacer l'écotaxe.

Simplification. Oui, la simplification des ICPE en porc et la fin des ZES  ont créé de nouvelles possibilités d'investissement a reconnu Marcel Denieul...Mais il ne faudrait pas que ces éclaircies soient contre carrées par des mesures lourdement handicapantes a aussitôt complété le président du Space. Dans son viseur ; le compte pénibilité ou encore la déclaration de flux d'azote. De son côté Stéphane Le Foll a annoncé que la volaille bénéficierait à son tour d'une ICPE simplifiée, comme le porc : "Il n'y a pas de raison", a conclu le ministre sur ce sujet.

Moderniser l'élevage. C'était sa "première" séance inaugurale en tant que président du Space, après la disparition il y a un an de Jean Michel Lemetayer auquel il a d'ailleurs rendu hommage. Marcel Denieul s'est acquitté de cette tache avec sobriété et efficacité et dressant un état des lieux lucide mais optimiste des productions animales. "L'élevage est un secteur essentiel de l'économie française, un secteur dynamique, positif et porteur par rapport à d'autres secteurs... Cette situation s'explique par la nécessité de moderniser de nombreux élevages et aussi, peut-être par les premiers effets positifs des évolutions réglementaires annoncées ici même l'an dernier par le premier Ministre". Dans les allées du salon, nombreux ont été les responsables professionnels à solliciter Stéphane Le Foll sur cet impératif de modernisation, notamment dans le cadre du plan bâtiment.

Bilan. A peine ouvert, le Space 2014 présentait mardi tous les aspects d'un très bon cru... malgré les perturbations dans le transport aérien, malgré aussi les événements politiques (Ukraine, Syrie/ Irak) et malgré la crise sanitaire Ebola en Afrique de l'Ouest. Plus de 1 400 exposants dont un tiers d'étrangers, une surface totale d'exposition de 68 000 m2 en hausse. Seule inconnue au 1er jour du salon, la fréquentation qui depuis plusieurs années avoisine les 100 000 visiteurs dont 10 000 étrangers. Mardi, on se montrait très confiant.

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