Terra 24 avril 2014 à 08h00 | Par François Valy Responsable section porcine FRSEA Bretagne

Les éleveurs paient leur aliment 15 € de trop

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Avec l'embellie constatée sur le prix du porc, la plupart des éleveurs atteignent aujourd'hui un point d'équilibre financier à l’instant T. Tant mieux. Tous les éleveurs ont connu une année 2013-2014 très compliquée et sont encore loin d'avoir comblé les pertes des années passées. Les trésoreries sont encore fragilisées et ne permettent pas d’envisager l’avenir avec la sérénité et l’ambition indispensables à la réalisation des investissements nécessaires à la modernisation des bâtiments.

Je voudrais réagir sur un élément d'actualité : aujourd’hui, les éleveurs qui achètent leur aliment le paient 10 à 15€ /t de trop par rapport à ceux qui fabriquent leur aliment à la ferme.

Alors que le prix des céréales est orienté à la baisse, le prix de l'aliment est reparti à la hausse à 262 €/t. Désormais, entre un éleveur qui fabrique son aliment et celui qui l'achète, l'écart de prix est de pratiquement 60€/t. Pourtant cet aliment provient des mêmes céréales, achetées pratiquement au même prix sur les mêmes marchés !

On nous dit que la concurrence jouerait à plein entre les fabricants. Je veux bien le croire, mais il suffit d'observer ce qui s'est passé ces dernières semaines pour avoir de sérieux doutes sur le sujet. Quand un fabricant d’aliments, leader du marché breton a baissé ses prix de 5€/tonne cet hiver, quelques jours après tout le monde a suivi le mouvement. Lorsqu'il a relevé ses prix il y a quelques semaines, dans les 10 jours qui ont suivi tous ses concurrents ont fait de même.

Du fait de ce différentiel de prix, à technicité égale, les éleveurs qui achètent leur aliment complet sont financièrement plus fragiles. Ils ont un boulet aux pieds qui représente aujourd'hui, pour un différentiel estimé à 60 €/t sur le prix de l’aliment, un manque à gagner de 24 centimes du kilo de carcasse.

Tous les éleveurs de porc n'ont pas de surfaces foncières pour mettre en place une fabrique, ni d'ailleurs les moyens de le faire, et ce n'est d'ailleurs pas leur souhait.

Généraliser, imposer la fabrication d'aliment à la ferme reviendrait à diviser par trois le nombre d'ateliers en porcs.

Nos entreprises, notamment celles qui représentent des filières complètes : aliment, abattage, transformation, n'ont d'ailleurs aucun intérêt à cela.

En imposant à des éleveurs un prix d'aliment déconnecté du marché des céréales, elles leur maintiennent juste la tête hors de l'eau.

Aucun projet de filière ne peut se construire durablement sur ces bases-là.

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