Terra 21 novembre 2014 à 08h00 | Par Yves Le Troquer

La famille sauvera-t-elle le monde de la famine ?

Alors que 2014 est l'année de l'agriculture familiale, l'association Afdi Bretagne (Agriculteurs français et développement international) en a fait son thème central lors de sa dernière table ronde. L’agriculture familiale, facteur de développement et d’innovation, sauvera-t- elle la terre de la famine ?

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Georges
Ratsimarofy et Maurice Rabemananjara, paysans formateurs de l’APDIP1 à Madagascar (au premier plan), Gérard Renouard, président de l’Afdi nationale, Emmanuel Turban secrétaire général des Jeunes agriculteurs de Bretagne, André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère.
Georges Ratsimarofy et Maurice Rabemananjara, paysans formateurs de l’APDIP1 à Madagascar (au premier plan), Gérard Renouard, président de l’Afdi nationale, Emmanuel Turban secrétaire général des Jeunes agriculteurs de Bretagne, André Sergent, président de la chambre d’agriculture du Finistère. - © Terra

L'agriculture "dite" familiale tient dans le fait que "l’agriculteur reste maître de son outil de travail et est reconnu pour sa capacité à faire vivre son territoire". Ainsi ce ne serait pas une histoire de taille, mais bien la question de ne pas être dépossédé de l’outil de production et des prérogatives territoriales qui ferait l'agriculture familiale. Le risque est grand aujourd’hui de basculer dans une agriculture... autre.

Si la profession agricole et l’État n’encadrent pas les inévitables évolutions, si la volonté des jeunes agriculteurs n’est pas de voir en l’agriculture familiale une agriculture à multiples visages, moderne et certainement pas ringarde, alors cette dernière peut disparaître.

L’agriculture familiale reste plus que jamais porteuse d’avenir, mais à certaines conditions. Elle est capable de répondre aux défis qui s’offrent à elle. Elle apparaît toujours capable d’apporter une vraie réponse aux besoins alimen- taires des populations, et par-delà, d’être facteur de paix et de cohésion sociale : "Quand le ventre crie, il n’y a pas que l’estomac qui se révolte !".

Mais ce n’est pas gagné d’avance, ni au Nord ni au Sud. L’agriculture familiale, même si elle représente 80 % des agriculteurs sur la planète, reste fragile. Afdi défend l’agriculture familiale et cette notion de responsabilité qui lui est liée, à développer là-bas et à préserver ici.

Le foncier premier facteur limitant

Quelles que soient les latitudes, le foncier est de plus en plus utilisé à d’autres fins qu’à l’acte de production agricole. Devenu souvent hors de prix, accaparé au Sud par des investisseurs voire des pays extérieurs pour des productions autres que vivrières, le foncier devient le premier facteur limitant d'une agriculture familiale. La France et l'Europe ne sont pas totalement étrangers à cette question, heureusement à une toute autre échelle que les pays du sud. Ainsi le syndicat SOA2 à Madagascar, appuyé par Afdi, a fait de la lutte pour l’accès des paysans au foncier sa priorité. L’agriculture familiale aura d’autant plus de sens et vocation à se pérenniser, que l’agriculteur en activité, le jeune qui s’installe, la femme auront un véritable statut. Ce statut sert entre autre à être considéré pour son métier et à considérer soi-même son métier avec fierté, et peut éviter au Sud cet exode massif, à l’issue tragique pour certains.

Le dernier point essentiel est la formation des femmes et des hommes pour d’abord améliorer la productivité, puis se sentir capable de décider sur son exploitation, d’avoir des leaders à même de dire aux gouvernements "voilà le mode de développement que l’on souhaite !". Accès aux marchés, aux financements, au sud, la priorité est d'appuyer les femmes et les hommes pour qu'ils trouvent la capacité de s'organiser et de peser.

La Corne de l’Afrique sous la menace d’une nouvelle famine

La Corne de l’Afrique est menacée par une nouvelle famine, après celle de 2011 qui a fait près de 260 000 morts, la moitié étant des enfants de moins de 5 ans. Du fait de faibles pluies, la production céréalière a chuté de 30 %, tandis que les conflits qui touchent la région ont contribué à faire grimper les prix des produits alimentaires - ils ont quadruplé entre janvier et juillet 2014 dans certaines régions de Somalie. Récemment, cette zone a également connu de fortes inondations qui ont endommagé les cultures. Les Nations unies estiment que "plus d’un million de Somaliens ont à présent besoin d’une aide d’urgence, alors que la sécurité alimentaire de deux autres millions de personnes est sérieusement menacée". La FAO a lancé un appel pour mobiliser 49 millions de dollars pour venir en aide à 58 000 ménages à risque. "Il est temps pour la communauté internationale de bouger pour prévenir une nouvelle catastrophe en Somalie", a déclaré Tijani Bukar, sous-directeur général de la FAO pour l’Afrique.

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